Les thèmes de campagne pour 2022 (#2) : Le pouvoir d’achat – Partie II

Quelles solutions envisageables pour répondre au manque de pouvoir d’achat ?

Dans la première partie consacrée à cette thématique du pouvoir d’achat, nous revenions sur la définition de ce concept et tentions de comprendre pour quelles raisons cet enjeu s’avère fondamental pour les prochaines élections présidentielles. Après avoir dressé le constat, il s’agit dans cette seconde partie d’analyser les mesures qui peuvent être mises en place en France pour augmenter le pouvoir d’achat des citoyens, en s’appuyant notamment sur les propositions des candidats à la présidentielle de 2022.

Lucas Da Silva

Emilien Pouchin

Quelles idées retrouve-t-on généralement pour augmenter le pouvoir d’achat ?

Avant de se pencher précisément sur les mesures politiques que l’on retrouve chez les candidats à la prochaine grande élection nationale, il est intéressant d’analyser les deux principales propositions générales – ayant pour but d’améliorer le pouvoir d’achat des Français – qui reviennent régulièrement dans le débat public.

Augmenter les salaires :

C’est la proposition sociale par excellence, et qui est évidemment reprise par la majorité des candidats de gauche à chaque élection. Pour autant, il ne faut pas oublier (comme nous l’expliquions dans la première partie) que la revalorisation des salaires ne rime pas nécessairement avec une hausse du pouvoir d’achat. En effet, il est évident que si les prix globaux des biens et des services s’accroissaient également en parallèle, l’augmentation des salaires n’améliorerait pas la condition de vie des individus… Or, en l’occurrence, comme nous l’écrivions dans la partie 1, c’est l’inverse qui se produit actuellement : « si les Français ont majoritairement le sentiment de voir leur pouvoir d’achat baisser, c’est qu’ils constatent une forte augmentation des prix (des carburants, du gaz, de l’électricité…) qui n’est pas nécessairement corrélée à une hausse de leurs revenus. ».

A l’inverse, comme cela a été rappelé, le pouvoir d’achat des individus peut baisser alors que leurs revenus peuvent augmenter en parallèle. Ainsi, il ne faut pas penser que le niveau de vie des citoyens s’améliore mécaniquement en même temps que leurs revenus puisque les prix peuvent augmenter davantage.

Malgré ce risque d’inflation que pourrait causer la hausse des salaires, les candidats de gauche estiment généralement qu’il faut revaloriser le travail en rémunérant davantage les salariés – en augmentant le SMIC par exemple – et les fonctionnaires afin de leur permettre de vivre plus dignement. Dans une économie de marché, rappelons qu’une telle mesure doit évidemment être accompagnée d’une croissance économique suffisamment forte pour que les entreprises puissent payer davantage leurs employés. On peut d’ailleurs penser qu’une hausse des salaires permettrait de favoriser la consommation des individus et donc de soutenir la croissance. 

Baisser les taxes et/ou les impôts :

Cette fois-ci, c’est une mesure caractéristique de la pensée libérale, que l’on retrouve donc le plus souvent à droite aujourd’hui et qui est généralement partagée par le centre. Cela apparaissait d’ailleurs parmi les mesures phares du candidat Emmanuel Macron en 2017 : l’exonération de la taxe d’habitation pour les classes moyennes et populaires (4 Français sur 5) ou encore la suppression de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune). Derrière ces politiques se cache une logique qui consiste à baisser le « poids » et le rôle de l’Etat dans l’économie, en réduisant notamment ses recettes fiscales, afin de donner théoriquement plus de « liberté » à l’individu au sein du marché. Cela semble d’ailleurs très cohérent : si le gouvernement fait en sorte que les taxes et les impôts pèsent moins sur le quotidien des citoyens, ceux-ci gagneraient naturellement en pouvoir d’achat. 

Dans le contexte actuel de hausse des prix – entre autres – dans le secteur de l’énergie (électricité, gaz, carburants…), la proposition d’abaisser certaines taxes telles que la TVA revient en force. La principale limite à cette idée est l’atteinte qu’elle porte aux finances publiques puisqu’il est évident que le fait de baisser de quelques centimes les taxes (ce qui n’améliorerait sensiblement pas le pouvoir d’achat des Français) ferait perdre plusieurs milliards d’euros à l’Etat. Ainsi, cela se répercuterait inévitablement sur la qualité des services publics et des aides sociales de notre pays.

Par ailleurs, en plus des taxes sur la consommation telles que la TVA, certaines personnalités libérales et/ou classées à droite de l’échiquier politique optent pour une autre solution que celle traditionnellement préconisée par la gauche. Plutôt que d’augmenter directement les salaires, celles-ci expliquent qu’il faut au contraire réduire le coût des impôts pour les entreprises (ce qui, théoriquement, leur laisserait plus de marge et les encouragerait à rémunérer davantage leurs employés) ou bien baisser les cotisations sociales des travailleurs afin d’augmenter le salaire net. Le problème majeur de cette mesure étant que les « charges salariales » permettent de financer la couverture sociale (en cas de maladie, d’accident, de chômage…) des employés et donc de leur assurer une protection. Ainsi, réduire ces cotisations reviendrait logiquement à affaiblir la qualité de leur couverture sociale.  

En outre, nous aurions pu traiter d’autres mesures qui reviennent fréquemment dans les débats politiques pour renforcer le pouvoir d’achat des Français : pensons notamment au revenu universel (ou « de base »), au blocage de certains prix de biens essentiels, à la baisse du prix du logement, ou encore à l’augmentation de la durée légale du travail. Ce sont autant de propositions qui ont le mérite de repenser la société pour offrir plus de libertés d’action aux citoyens. En attendant, nous avons fait le choix de retenir les deux principales mesures qui divisent généralement la gauche et la droite, avant de regarder dans le détail les propositions des candidats à la présidentielle de 2022. 

Quelles propositions des candidats à la présidentielle ?

Nous sommes désormais à seulement quelques mois de l’échéance présidentielle et, nous l’avons vu, le pouvoir d’achat est un sujet central, comme souvent, pour les Français. Si tous les programmes ne sont pas sortis, et certains candidats pas encore déclarés, nous proposons tout de même une vue d’ensemble sur la multitude de propositions qui sont faites pour remédier à cette problématique majeure.

La gauche, qui semble vouloir se faire remarquer dans cette élection par l’alignement d’un nombre record de candidats, a compris l’importance de cet enjeu et propose des solutions variées. Ainsi qu’il l’a été exposé précédemment, les différents candidats semblent se retrouver sur l’idée que l’augmentation des salaires augmenterait le pouvoir d’achat. L’augmentation du SMIC semble être un consensus. Reste à savoir de combien ? Jadot propose de l’augmenter de 2% par an sur le quinquennat, Mélenchon de le monter à 1400 euros nets (+11%) ou Hidalgo à 1450 euros (+15%). La palme de la plus grosse augmentation revient à Fabien Roussel, qui propose un salaire minimum à 1800 euros net. En plus du SMIC, ces candidats réclament une revalorisation des salaires, que ce soit ceux des fonctionnaires ou des plus précaires. Hidalgo souhaite par exemple augmenter de 15% le revenu de toutes les personnes “invisibles”, mises en lumière par la crise : soignants, caissières, etc. et, après avoir voulu le doubler, amener le salaire des professeurs débutants (actuellement à 1700€) à la moyenne des bac+5 (2300€). Le candidat du PCF, se présentant comme représentant de la gauche du travail, souhaite quant à lui augmenter tous les salaires, malgré une baisse du travail hebdomadaire à 32h. 

L’idée d’un revenu universel, popularisée dans le débat politique par Benoît Hamon en 2017, a également été reprise par certains candidats de gauche, y voyant le moyen d’assurer un revenu minimal décent pour de nombreuses personnes en difficulté. La précarité étudiante ayant été largement médiatisée du fait de la crise Covid, cette catégorie de la population a été intégrée aux personnes pouvant bénéficier de ce type de mesures. Yannick Jadot propose ainsi de fusionner le RSA et la prime d’activité afin de pouvoir offrir un “revenu citoyen” à la fois pour les étudiants et les adultes en situation de précarité. Fabien Roussel et Christiane Taubira ont également inscrit dans leur programme un revenu étudiant, dont la somme est respectivement de 850 et 800€.

En parallèle de cela, certains candidats ont pris en compte l’aggravation de la pauvreté qui a été engendrée par la crise du Covid pour les personnes qui étaient déjà en situation de précarité. Le rapport du Secours catholique (dont nous avons parlé dans la première partie) révélait que les dépenses d’énergie et d’alimentation servaient de variable d’ajustement pour terminer les fins de mois pour de nombreuses familles dont le pouvoir d’achat était trop faible. Face à cette situation, certains candidats proposent un contrôle ou un blocage des prix de certains produits de première nécessité, qui sont indispensables pour vivre mais dont l’augmentation affecte trop le pouvoir d’achat. Une telle mesure a par exemple été prise entre mars 2020 et juin 2021 pour encadrer les prix du gel hydroalcoolique et éviter toute spéculation. Ainsi, Fabien Roussel propose la nationalisation d’EDF et d’Engie pour que l’Etat puisse contrôler les prix de l’énergie et Anne Hidalgo une baisse des taxes sur les produits énergétiques. Jean-Luc Mélenchon avance un blocage des prix du gaz, de l’électricité et de certains produits d’alimentation. Kuzmanovic lie quant à lui pouvoir d’achat et une consommation locale et écologique par la suppression de la TVA pour les achats de première nécessité et les aliments produits en France et respectueux de l’environnement. 

Dans une recherche de solutions pour allier urgence sociale et urgence écologique, l’idée d’un plan d’investissement massif dans l’isolation des logements figure dans les programmes de Jean-Luc Mélenchon, Pierre Larrouturou (candidat à la Primaire populaire) et Yannick Jadot. Ce dernier estime qu’une telle mesure serait à même d’offrir un “treizième mois” aux Français en réduisant considérablement les dépenses énergétiques. 

Il est clair que la plupart des mesures de la gauche pour remédier au problème du pouvoir d’achat engagent de fortes dépenses de la part de l’Etat. Dans une logique keynésienne, ces candidats postulent que des investissements publics massifs de l’Etat, notamment dans les salaires, sont à même de créer un choc de demande capable d’initier un cycle vertueux de reprise économique. Or, le pari est qu’il faut que cette reprise soit suffisamment importante pour que l’Etat puisse combler toutes les dépenses qu’il a initialement engagées. Par ailleurs, l’augmentation des dépenses de l’Etat sera en partie financée par une augmentation de l’imposition sur les plus fortunés : rétablissement de l’ISF, impôt spécial Covid (Roussel), taxation sur les transactions financières (Mélenchon), etc.

En ce qui concerne la droite, la mesure qui est évidemment la plus plébiscitée est celle d’augmenter les salaires nets en baissant les cotisations salariales ou patronales. Cette idée est partagée par Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan, Valérie Pécresse (qui espère ainsi revaloriser de 10% tous les salaires inférieurs à 3000€ net en baissant les charges salariales) et Marine Le Pen (qui propose un gel sur l’augmentation des charges patronales pour toutes les entreprises qui augmentent leurs salariés jusqu’à 10% et pour tous les salaires jusqu’à 3 fois le SMIC). Cette dernière explique que cette solution permet d’augmenter les salaires sans peser sur les patrons (grâce à un “manque à gagner pour l’Etat”), pour qui une augmentation du SMIC pourrait, surtout dans les petites entreprises, être très dure à encaisser. Il s’agit là d’une mesure classique de la droite, qui entend réhausser le niveau de vie en baissant les impôts qui pèsent sur les salaires ou sur les employeurs. Le pari de telles mesures est une nouvelle fois de relancer l’activité économique par le pouvoir d’achat, qui devrait compenser, au moins en partie, la perte de revenus pour l’Etat. 

Une mesure est accompagnée par différentes propositions traditionnelles à droite, répondant à la logique du “travailler plus pour gagner plus”. Parmi celles-ci, l’exonération d’impôts sur les heures supplémentaires (Zemmour), l’assouplissement des 35h hebdomadaires (Dupont-Aignan), le retour aux 39 heures (Pécresse) ou encore le recul de l’âge de départ à la retraite et la revalorisation des petites retraites. Jean Lassalle espère de son côté baisser les impôts pour toutes les classes moyennes et les familles, qui en portent une trop grande partie de la charge. Une mesure qui serait financée par l’argent récupéré par la lutte contre la fraude fiscale.

Certaines propositions sont toutefois partagées avec la gauche. Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan entendent par exemple faire un geste à l’endroit des Français les plus modestes en limitant les dépenses d’énergie et d’usage de la voiture. Les deux candidats se retrouvent avec l’ex-candidat Arnaud Montebourg sur l’idée de nationaliser les autoroutes, ainsi que sur la baisse des taxes sur le carburant. Dupont-Aignan dénonce un Etat qui s’enrichit par la vente d’un produit vital doublement taxé (TICPE et TVA) sur le dos des plus pauvres et veut ainsi supprimer l’un des deux impôts. Marine Le Pen entend baisser la TVA de 20 à 5,5% sur les biens de première nécessité : l’énergie et le carburant, une proposition partagée par son ancien allié Florian Philippot

Eric Zemmour avance quant à lui une solution assez originale. Il lie les sujets de la politique familiale et du pouvoir d’achat. En proposant l’universalité des allocations familiales et une baisse de l’impôt sur le revenu par le doublement du plafond du quotient familial, Zemmour redonne du pouvoir d’achat à toutes les familles, incitant par la même occasion des familles réticentes à constituer des familles nombreuses à franchir le pas.