La folie du système monétaire international

Mépriser l’économie, ou comment finir encore plus exploité et asservi

Si les gens comprenaient les grands mécanismes monétaires à l’échelle internationale, nos « problèmes » culturels, politiques et électoraux seraient rapidement relégués à autant de discussions de seconde zone. En France, tout particulièrement, notre inculture économique généralisée, provoquée par le dégoût historique des intellectuels pour tout ce qui touche un tant soit peu à la matière monétaire, fait de nous des cibles d’une docilité et d’une servilité monétaire évidente – et ce, malgré notre réputation de peuple « à la révolte facile ».

Le dernier siècle et ses combats idéologiques ont eu raison du rapport des Français au domaine économique. Aujourd’hui, un intellectuel s’y intéressant d’un peu trop près est encore regardé de travers par ses pairs. L’économie est recouverte d’un biais de suspicion, du voile du « profit », de l’« intérêt personnel ». Comme l’écrivait Hayek il y a de cela plus de 70 ans : « Nous avons inculqué dans l’esprit des jeunes que la stabilité économique était plus noble et plus souhaitable que la prise de risque que représentait l’entrepreneuriat. L’emploi fixe est montré comme plus « noble » et « désintéressé ». Employer une centaine d’hommes correspond à une exploitation immorale, en commander et dicter la vie de plusieurs centaines de milliers, voilà une tâche bien plus honorable.»

Au-delà des seules considérations « professionnelles » et « productives » de notre relation à l’économie, nos intellectuels se sont désintéressés des sciences économiques par refus de « s’abaisser à cette science qui n’est que l’instrument de domination d’une classe sur une autre. » Il faut ici remarquer un glissement idéologique entre les intellectuels marxistes français des années 1950-1960 et la gauche postmoderne actuelle. Les premiers considéraient le secteur économique comme la seule manière d’améliorer les conditions de vie des plus précaires mais s’opposaient à sa privatisation, les seconds aujourd’hui largement majoritaires considèrent la chose économique comme un problème « en soi » et non plus seulement la manière dont celle-ci fonctionne. Ce faisant, en plus d’une méconnaissance totale du fonctionnement basique du système monétaire les amenant à mettre sur pied des théories aussi farfelues que dangereuses telle que la décroissance ou l’anti-consumérisme (dont l’on notera que l’application finit toujours par être ornementée de divers moyen coercitifs et/ou autoritaires), nos intellectuels ne parlent que très peu et de manière bien hasardeuse du gigantesque mensonge économique sur lequel nous vivons. 

Il faut ici remarquer un glissement idéologique entre les intellectuels marxistes français des années 1950-1960 et la gauche postmoderne actuelle.

Pourtant, quiconque prend le temps de traiter l’économie comme elle se doit d’être traitée – c’est-à-dire comme le premier vecteur de liberté humaine sans lequel toute liberté politique n’est qu’un leurre que l’on agite pour se persuader d’une liberté que l’on nous a depuis longtemps retirée – trouvera sans mal des états de fait qui radicaliseront sa révolte en plus de la rendre bien plus opérante. Qu’il est cruel et paradoxal de constater que nos intellectuels ont tourné le dos à l’économie précisément au moment où celle-ci, à l’échelle internationale, aurait eu besoin d’être soumise à leurs critiques les plus affûtées. 

Les Français ont sans aucun doute la culture de la révolte politique, de l’insurrection sociale, mais certainement pas de la révolution économique. Pourtant, s’ils comprenaient la pyramide de papier sur laquelle nous sommes installés plutôt que refuser d’aborder cette matière par « élitisme intellectuel », il y a fort à parier qu’ils y trouveraient un moyen de se libérer à la fois de leurs chaînes politiques et économiques. Hayek parle d’ « écomophobie », bien que la psychiatrisation du débat public soit regrettable, il faut admettre que le comportement de rejet épidermique des thèmes allant de la production industrielle à la concurrence monétaire en passant par l’impression monétaire massive chez une grande partie des postmodernes de gauche (mais aussi de droite) tient d’une certaine manière de la psychose. Alors oui, il est très certainement plus aisé de maintenir sa posture d’intellectuel ou du moins de « penseur » en se gargarisant de l’étude des questions identitaires, culturelles ou sociales, mais dans un monde tertiarisé à l’économie essentiellement financière, il est naïf de penser pouvoir comprendre ou influer sur le déroulement des choses en mettant de côté le domaine économique. Et que l’on ne vienne pas me répondre que les chercheurs, les universitaires et les politiques parlent d’économie : tous ces gens se battent autour des solutions à apporter aux problèmes issus des politiques monétaires internationales, sans jamais remonter à la source de la chose. Que ce soit du côté de la dette ou du partage des richesses, d’un bord à l’autre du spectre politique, nous nous battons contre des conséquences sans jamais discuter réellement de la cause première des phénomènes économiques que nous subissons. 

Il est naïf de penser pouvoir comprendre ou influer sur le déroulement des choses en mettant de côté le domaine économique.

Il n’existera pas de véritable basculement politique sans basculement monétaire et économique. Or, toutes les institutions monétaires internationales œuvrent pour ne pas avoir à modifier leur fonctionnement, pour garder intactes leur idéologie corrompue, leur logique d’impression monétaire débridée et leurs modèles prédictifs de rendement. Ces gens rient bien des intellectuels occidentaux occupés à traiter de la couleur, du sexe et des privilèges des individus pendant que la FED et les différentes banques centrales occidentales multiplient la masse monétaire mondiale impunément en inondant les marchés financiers de milliards de dollars pour tenter de sauver un système économique à bout de souffle. 

D’ailleurs, est-il à « bout de souffle » ? Non, il est étranglé de force. Il est asphyxié et maintenu sous perfusion : asphyxié par le remplacement progressif d’une économie basée sur la production de richesse à une économie basée sur l’accroissement symbolique des valeurs. Autrement dit, nos politiques, par leur désintérêt et même parfois leur aversion pour l’économie, trop occupés à se battre sur la stratégie de répartition des parts d’un gâteau qui devenait de plus en plus ridiculement petit, ont oublié que la richesse, avant d’être répartie, doit être créée. Ce faisant, nous avons arrêté de produire de la richesse ; d’autres s’en chargeront, pensions-nous. Nous nous sommes donc concentrés sur la production de valeur tertiaire et très souvent technologique. L’économie internationale voyant qu’une bonne partie de l’Occident devenait de plus en plus incapable de créer de la richesse réelle et se rendant compte que son propre sort était pourtant entièrement lié au destin économique de ces mêmes pays, a décidé de placer ce qu’il restait de notre économie sous perfusion monétaire et de laisser nos intellectuels discuter du sexe des anges tout en nous administrant des «stimulus check » quand notre oxygénation sanguine devenait un peu basse.

Depuis 2010, la masse monétaire internationale en $ (ce qui correspond à l’ensemble des dollars en circulation dans le monde) a été multipliée par 5, ce qui fait une augmentation de 500%. Concernant l’€ sur la même période, c’est une augmentation de près de 150 %. Avec le COVID, l’impression monétaire a explosé en déjouant à la hausse toutes les prévisions. Nous n’avons jamais autant imprimé d’argent à partir de rien, dans le même temps l’Occident n’a jamais été aussi faible économiquement et politiquement. Mais ne vous y trompez pas, sauf quelques chèques à visées purement électorales, cette impression monétaire ne vise pas à soutenir les populations ou à relancer une véritable production de richesse en lançant un grand projet de réindustrialisation. Non, cet argent vise à déférer l’inflation sur les marchés financiers pour donner une illusion de bonne santé. Pourquoi ? Eh bien parce qu’à partir du moment où les marchés vont bien, tout va bien. Circulez il n’y a rien à voir. Voilà le grand mensonge : là où la richesse réelle que produisait par exemple notre industrie était relativement bien corrélée à la santé économique et politique de notre pays, le passage à une économie de valeur a permis aux instances internationales de décorer la valeur financière de la valeur économique de nos entreprises. Aujourd’hui la FED ou la BCE peuvent décider artificiellement d’augmenter à leur guise la valeur de tels ou tels secteurs économiques en quelques clics de souris.

L’inflation existe, ouvrez le cours de Tesla, d’Amazon, du SP500 et constatez par vous-même. Pour autant, nous ne devons pas nous tromper de cible. Nos intellectuels dans leur passéisme idéologique ont raison de parler de lutte des classes, mais aujourd’hui ils se battent avec des fantômes. Le patron d’industrie et l’ouvrier étaient très certainement une réalité anthropologique frappante dans l’Angleterre des années 1920. Amazon, Tesla, les grands groupes internationaux sont bénéficiaires mais pas nécessairement responsables de cet état de fait. Aujourd’hui la nouvelle lutte des classes est idéologique, c’est celle qui oppose les institutions préférant maintenir l’Occident en coma artificiel jusqu’à la mort clinique tout en transformant nos pays en musées grandeur nature, improductifs, déclassés et en dehors de la compétition économique internationale et les individus qui doivent prendre conscience des chaînes monétaires qui se referment progressivement sur eux. 

Aujourd’hui la FED ou la BCE peuvent décider artificiellement d’augmenter à leur guise la valeur de tels ou tels secteurs économiques en quelques clics de souris.

L’oppression économique est et restera la première des oppressions puisqu’elle est la condition sine qua non de toute liberté politique, sociale ou juridique. Si nous continuons à jouer avec les quelques cartes idéologiques qu’il nous reste, nous finirons par nous entretuer en étant persuadé que nos adversaires politiques sont responsables de notre misère galopante et de notre sortie de l’histoire alors qu’il faut regarder vers le haut.

Je ne pourrais malheureusement pas traiter l’ensemble des incohérences économiques mondiales sans réaliser un dossier d’analyse conséquent qui risquerait de m’amener sur des sujets qui sortiraient de mon champ d’expertise politique et économique. Cependant je ne peux que vous conseiller de vous saisir de ces sujets qui sous tendent la matrice idéologique actuelle et qui sont les seuls sur lesquels « on préférerait que vous vous taisiez. » L’affaire récente autour de GameStop et de la communauté de traders de la  Wallstreet Belts et les réactions violentes et immédiates des offices internationales de régulation, tout comme le discours critique autour de l’écosystème des cryptomonnaies par les banques centrales internationales sont autant d’indices qui devraient vous indiquer la direction vers laquelle creuser.

La bataille économique mondiale aura lieu, elle a déjà commencé. Nos intellectuels ont un siècle de retard sur cette nouvelle guerre idéologique, ils s’amusent avec les quelques jouets poussiéreux que l’on a bien voulu leur laisser : l’Occident se suicide économiquement en pratiquant une politique monétaire absurde qui devrait occuper 90 % du temps de nos chercheurs et de nos intellectuels tant celle-ci infuse tous les secteurs de la société et risque de nous exploser au visage. Nous aurons tous un rôle à jouer dans cette guerre monétaire. Voter, manifester, débattre de phénomènes sociaux, autant d’exemples qui ne dérangent plus rien, le système y est hermétique, mais qui vous donnent une illusion d’action. Votre argent, la manière dont vous le dépensez, le stockez et le protégez, voilà quelque chose sur lequel le système monétaire international fera tout pour vous persuader de l’absence d’alternative crédible. Car le premier pouvoir individuel est monétaire.