Elections Régionales : J-100

A 100 jours des élections, état des lieux des enjeux et perspectives

Les 13 et 20 juin prochains, nous serons appelés aux urnes pour les élections territoriales, qui réuniront pour la première fois deux élections pour le prix d’une : les départementales et les régionales. Pas la peine de nous mentir, on sait que la plupart d’entre vous n’en ont pas grand- chose à faire ; les élections régionales, comme les élections européennes, sont souvent boudées par les Français en termes de participation. Pourtant, vous auriez tort de survoler le sujet : les élections régionales de cette année vont être annonciatrices des stratégies mises en place pour les élections présidentielles de 2022. De toute manière, à Skopeo, on vous a mâché le travail : vous trouverez dans cet article une synthèse des enjeux et de toutes les informations importantes à retenir en vue des élections à venir. Et pour rendre le tout digeste, on ne parlera que des régionales en France métropolitaine. Nous n’aborderons donc pas la question des conseils départementaux, et des membres des assemblées de Corse, de Guyane et de Martinique qui ont la particularité d’être des collectivités uniques.

Maxime Feyssac

Pierre Vitali

à Skopeo on est sympathiques, on vous propose une annexe téléchargeable gratuitement et regroupant une liste exhaustive des candidats dans chaque région :

Les modalités pratiques et le calendrier de l’élection

D’ordinaire, les élections régionales ont lieu tous les six ans, en mars ; mais crise sanitaire oblige, les élections de 2021 ont été reportées au 13 et 20 juin prochains (ces dates peuvent encore évoluer) par un vote du Parlement. Par ailleurs, il est prévu qu’au plus tard le 1er avril, le gouvernement remette au Parlement un rapport, sur la base « d’une analyse de comité de scientifiques, sur l’état de l’épidémie de Covid-19, sur les risques sanitaires à prendre en compte et sur les adaptations nécessaires ».

Vous l’aurez peut-être compris, il s’agit d’un mode de scrutin qui encourage à nouer des alliances.

Les élections régionales se déroulent selon un scrutin de liste proportionnel à deux tours, avec prime majoritaire. Malgré ce titre alambiqué, le principe est en réalité assez simple : la liste obtenant la majorité absolue au premier tour, ou le plus de voix au second tour, obtient une prime de 25 % du nombre des sièges. Les autres sièges sont répartis à la proportionnelle entre toutes les listes (y compris celle gagnante). Cela assure au vainqueur une majorité claire dans l’assemblée régionale. Seules les listes ayant obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés peuvent participer au second tour. Par ailleurs, les listes obtenant plus de 5 % des suffrages exprimés au premier tour peuvent fusionner avec les listes accédant au second tour. Vous l’aurez peut-être compris, il s’agit d’un mode de scrutin qui encourage à nouer des alliances.

Mais comme nous le disions plus haut, les élections régionales connaissent une faible participation, et l’épidémie pourrait faire augmenter l’abstention, comme pour le second tour des municipales (taux d’abstention de 60 %). Peut-être que vous n’étiez même pas au courant que vous alliez devoir voter en juin prochain. Alors, exceptionnellement, les électeurs disposent de deux procurations, contre une seule habituellement. La mission d’information du Sénat a toutefois écarté tout recours à un vote par correspondance ou par internet. La loi prévoit aussi un allongement de la durée de la campagne officielle (19 jours au lieu de 12), ainsi qu’un numéro d’appel gratuit pour permettre aux électeurs de se renseigner sur les programmes.

Quels sont les enjeux pour la gauche et la droite ?

Au premier tour des régionales de 2015, le FN (Front National) et LR (Les Républicains) arrivèrent en tête avec plus de 27% chacun, devant le PS alors au pouvoir. Le PS s’était retiré dans l’entre-deux-tours dans les Hauts-de-France, face à Marine Le Pen, et en PACA, face à Marion Maréchal, afin de leur faire barrage. Au second tour, la gauche a tout de même conservé cinq des nouvelles régions : Occitanie, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Bretagne et Nouvelle-Aquitaine. La droite détient donc aujourd’hui sept régions : Ile-de-France, PACA, Grand Est, Pays de Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France et Normandie, et elle espère bien décrocher la Bourgogne-Franche-Comté et le Centre-Val de Loire. Le principal enjeu de 2021 est donc pour les exécutifs régionaux de défendre leurs bilans pour espérer se maintenir dans un paysage politique qui a été bouleversé depuis 2015. En effet, cette élection fera office de test grandeur nature pour de nombreuses formations politiques en vue de 2022. Droite et gauche vont-elles se maintenir au niveau local et conforter leurs forces ? RN (Rassemblement National) et EELV (Europe Ecologie Les Verts) vont-ils réussir à s’imposer pour pouvoir appliquer leur programme à un niveau plus important ? LREM (La République En Marche) va-t-elle enfin pouvoir s’implanter dans les collectivités locales ?

Pour la droite, ces régionales feront pour le moment office de primaire de fortune en vue des présidentielles.

Pour la droite, ces régionales feront pour le moment office de primaire de fortune en vue des présidentielles. Entre les candidats Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, la compétition pour s’imposer comme le plus fort dans sa région, et son parti, est lancée. Même si les échecs d’alliances LR/LREM aux municipales ont refroidi toutes alliances de premier tour aux régionales, ces dernières restent envisageables au second tour afin d’empêcher des basculements vers le RN ou la gauche. Ainsi, et même si Christian Jacob, président des Républicains, exclut toute alliance avec LREM, dans la région PACA c’est bien la peur d’une victoire de l’ex-LR et désormais RN Thierry Mariani qui inquiète le président de la région Renaud Muselier. Ce dernier a récemment jugé « intéressante » la proposition du maire de Nice Christian Estrosi d’une alliance avec Macron à la présidentielle de 2022. Sortant avec le plus de régions, LR a donc le plus à perdre dans ces élections, mais aussi le plus à gagner, si la droite arrive à se maintenir ou même à amplifier ses résultats.

Pour la gauche, ces régionales seront le test de l’unité et de possibles alliances. Les socialistes et écologistes attendent de ce scrutin qu’il confirme leurs bons résultats aux municipales (et aux européennes pour EELV). EELV, le PS (Parti Socialiste) et LFI (La France Insoumise) ont passé des accords avec d’autres formations de gauche et/ou écologistes (PCF [Parti Communiste Français], PRG [Parti Radical de Gauche], Génération.s, Génération Ecologie, Cap 21, etc.), mais sans jamais se croiser. La gauche veut réitérer la stratégie d’union qui s’était avérée gagnante aux municipales. Pour le second tour, il est probable que les listes de gauche se réunissent autour de la liste arrivée en tête, si l’une d’elles atteint plus de 10%. Mais pourront-elles réunir toutes les forces de gauche, de LFI au PS, en passant par EELV ? Cela sera d’autant plus difficile si EELV s’impose comme meilleure force politique et souhaite continuer en solitaire. Mais si ces dernières arrivent à conserver leurs coalitions, et leur permettent de bons scores, il s’agira ensuite de se réunir en vue de 2022.

Pour la gauche, ces régionales seront le test de l’unité et de possibles alliances.

Pour LREM, ces régionales s’annoncent compliquées et à oublier rapidement. Même si depuis les dernières régionales, LREM a fait irruption dans certains conseils régionaux, en subtilisant des adhérents du PS, et en s’alliant au Modem, qui fait pourtant actuellement partie des majorités de droite à l’échelle régionale. La majorité peine à trouver des têtes de listes fortes, mais aussi des appuis ; l’alliance avec LR ou le PS semble a priori impossible. L’équation pour Emmanuel Macron est alors compliquée, entre envoyer des ténors du gouvernement qui risquent des échecs cuisants et négocier quelques postes au second tour sans réellement s’imposer.

Pour le RN comme pour LFI, ni Marine Le Pen, ni Jean-Luc Mélenchon ne se présenteront en têtes de liste, voulant ainsi se préserver pour 2022. Ils souhaitent cependant réaliser de bons scores et faire émerger des personnalités comme Jordan Bardella (RN) et Clémentine Autain (LFI) en Île-de-France. Le RN envisage même de prendre des régions avec Sébastien Chenu (RN) dans les Hauts-de-France ou Thierry Mariani (RN) dans le Sud-PACA.  

Que prévoient les sondages en termes de résultats?

Le mois dernier, le journal « Les Echos » et Radio Classique ont lancé auprès d’OpinionWay l’indicateur RégioTrack, un baromètre mensuel pour suivre l’évolution des intentions de vote pour les régionales. Pour le moment, le rapport de force national est le suivant : LR et alliés (23%), RN et alliés (20%), LREM et alliés (17%), PS et alliés (13%), EELV et alliés (12%), LFI et alliés (7%). Même s’ils arrivent en tête des intentions de vote, ni LREM, ni le RN, ne sont assurés de décrocher une région. Ainsi, tous les présidents sortants (5 socialistes et 7 républicains/centristes) sont donnés favoris, surtout avec la crise sanitaire qui a tendance à geler les positions. De plus, le mode de scrutin favorise les alliances et handicape les cavaliers seuls. A l’heure actuelle, les seules régions qui semblent pouvoir basculer sont les régions Sud Provences-Alpes-Côte-d’Azur, Centre-Val-de-Loire et Pays-de-la-Loire. D’autres régions seront très scrutées car les enjeux sont importants, il s’agit des Hauts-de-France et de l’Ile-de-France. 

Les régions qui peuvent basculer :

Dans la région Sud-PACA, le président sortant Renaud Muselier (LR, UDI, Modem) doit faire face à l’ex-LR désormais eurodéputé RN Thierry Mariani, donné favori. En 2015 déjà, il avait fallu l’union de toutes les forces politiques pour empêcher Marion Marechal de prendre la région. L’attitude de la gauche au second tour déterminera le scrutin. 

Dans la région Centre-Val-de-Loire, le président sortant, François Bonneau (PS), semblait plutôt en bonne posture pour sa réélection, mais les récents sondages et la déclaration de Nicolas Forissier (LR), député et ancien secrétaire d’État chargé de l’Agriculture, est désormais pressenti pour lui succéder. 

Dans les Pays-de-la-Loire, l’alliance de second tour de toutes les gauches semblait pouvoir faire basculer la région, mais la présidente sortante Christelle Morançais (LR), succédant à  Bruno Retailleau semble pouvoir se maintenir. Lucie Etonno (EELV, G.s, UDB, GE) est alors bien placée (surtout si elle arrive à rallier toute la gauche autour d’elle), mais la candidature de Matthieu Orphelin pour prendre la tête de liste des écologistes pourrait changer la donne. Les autres candidats sont : Guillaume Garot (PS, PRG, PCF), François de Rugy (LREM) et Hervé Juvin (RN). 

Les régions à surveiller :  

Dans les Hauts de France, le favori reste Xavier Bertrand, ex-LR, soutenu par LR, l’UDI et le Modem, qui considère ce scrutin comme “sa primaire” pour 2022. Mais il devra faire face à Sébastien Chenu, porte-parole du RN et considéré comme le challenger de par les scores du RN dans la région. Tout dépendra, ici encore, de l’attitude au second tour des 4 listes LFI, PCF, PS et EELV. 

 En Île-de-France, la plus grande et riche région de France, la sortante Valérie Pécresse est donnée gagnante à 33% par le dernier sondage IFOP de mars 2021 commandé par la région, loin devant la liste LREM à 13%. Mais si les listes d’Audrey Pulvar (PS) et de Julien Bayou (EELV) s’allient, elles arriveraient cependant à 24%. Une autre liste a émergé à gauche avec la candidature de Clémentine Autain 10% (LFI); reste à savoir si elle se rapprochera également de la liste PS. Jordan Bardella (RN) vient également d’annoncer sa candidature ; les estimations le font plafonner à 15% pour le moment.

“Même si Valérie Pécresse est pour le moment largement en tête des intentions de vote au premier tour,  cette avance confortable pourrait forcer la gauche à se compromettre avec l’extrême gauche”,

“Même si Valérie Pécresse est pour le moment largement en tête des intentions de vote au premier tour,  cette avance confortable pourrait forcer la gauche à se compromettre avec l’extrême gauche”, estime Joévin Beillacou. Pour ce militant de la première heure du mouvement “Libres!” de Valérie Pécresse, tant que les listes PS, EELV et LFI ne se regroupent pas, la gauche ne pourrait pas présenter un danger réel pour la présidente de la région. “Il est probable qu’Audrey Pulvar s’allie avec Julien Bayou ; mais la question du rapprochement avec La France Insoumise est plus délicate, car elle impliquerait un dialogue entre le PS et LFI sur certains thèmes comme la laïcité. ». Si pour l’instant les questions idéologiques compliquent une union totale des gauches, la recherche d’un intérêt commun a de grandes chances de pousser ces 3 listes à s’unir. Une telle union au second tour pourrait présenter un vrai danger, surtout si les élus Modem suivaient les consignes de leur parti à l’échelle nationale et décidaient de se détacher de LR au profit de LREM. Dans ce scénario, la droite aussi pourrait bien être poussée à s’unir ; mais dans quelle direction ? Il reste que pour le moment, la crise sanitaire, et le fait que la tête de liste LREM soit relativement inconnue du grand public, donnent un clair avantage à la présidente actuelle de la région.