Nouveaux médias : l’illusion de l’information ?

Des limites des nouveaux médias en plein essor

De l’apparition des premiers périodiques au XVIIème siècle aux nombreux bouleversements de la révolution numérique, l’information et surtout les médias qui la diffusent n’ont cessé de se réinventer. Se conformant aux caractéristiques de leur temps, ils se font miroirs des sociétés.

Depuis quelques années, fleurissent sur les réseaux de nouveaux types de médias. Appelés “nouveaux médias” ou “médias digitaux” ils se caractérisent comme nés et pensés pour les grandes plateformes de réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Instagram, Tik Tok, Snapchat etc..). Lancés, pour la plupart, par d’anciens journalistes issus des médias traditionnels, ils mettent en avant la totale liberté d’action, l’indépendance permise par ce format. On ne peut alors que louer cette approche et voir ces nouveau-nés comme une probable solution face à la défiance croissante du public envers les médias traditionnels. Mais, ce type de médias novateur est-il vraiment à considérer comme une réinvention de  la diffusion d’information dans l’espace démocratique ou ne sont-ils qu’une illusion?

Malgré la diversité de fonctionnement des médias digitaux, les quelques caractéristiques abordées ici permettent de les regrouper sous un seul et même nom.

Les “médias digitaux” expliqués

Vous les avez, sans aucun doute, croisés. Sous des noms tels que, Konbini, Buzzfeed ou Minute Buzz, les médias digitaux se cantonnent aux réseaux sociaux en suivant une observation simple : les utilisateurs ne quittent pas la plateforme sociale sur laquelle ils naviguent, il faut donc faire partie intégrante de cette plateforme en diffusant directement le contenu sur celle-ci. 

Vous les avez, sans aucun doute, croisés. Sous des noms tels que, Konbini, Buzzfeed ou Minute Buzz, les médias digitaux se cantonnent aux réseaux sociaux en suivant une observation simple.

C’est en partant de ce constat que MinuteBuzz a supprimé son site internet pour se concentrer sur la diffusion de contenu à travers les multiples plateformes de réseaux sociaux. Ici réside la différence entre les nouveaux médias et les médias traditionnels : si les médias traditionnels ont souvent été capables de faire face à la révolution numérique en se dotant d’un site web, ils se différencient des nouveaux médias ou médias digitaux qui, eux, misent d’abord sur leur diffusion et leur présence sur les réseaux sociaux plutôt que sur leur site.

Ce raisonnement n’a rien de surprenant au vu de la place croissante qu’occupent les réseaux sociaux au sein de notre société : en 2019, 44% de la population française utilise Facebook au quotidien et la France se place en huitième position dans le classement mondial de temps quotidien d’utilisation des réseaux sociaux avec une durée moyenne de connexion par habitant de 1h36min en 2020. (Données publiées par Statista Research Department, “L’usage des réseaux sociaux en France – Faits et chiffres”).

Être financé sans être enchaîné : mission impossible ?

Ce nouveau modèle médiatique interroge : comment garder une indépendance et une totale liberté d’action dans la rédaction, tout en maintenant une viabilité économique de l’organisation ? Bien que ces “nouveaux médias” mettent en avant cette indépendance, et que cet argument soit régulièrement repris par les partisans de ce mode d’information, il y a là de quoi s’interroger. Les modes de financement varient en fonction des organisations. Cependant, on retrouve des mécanismes communs à la majorité d’entre eux. Les abonnements ou crowdfunding permettent une certaine indépendance à tout média mais ne suffisent souvent pas à remplir les caisses des entreprises médiatiques. Les médias digitaux ne font pas exception à la règle et sont principalement financés par la publicité.


Le native advertising est la stratégie employée par la majorité de ce type de médias. Le principe est simple et extrêmement efficace : la publicité est directement intégrée au contenu rédactionnel. Ainsi, elle s’intègre à la charte graphique du média et est présentée sous la forme d’articles ou de rubriques. Cette harmonisation augmente la visibilité effective des publicités, les internautes ne différenciant le contenu publicitaire du contenu purement informatif qu’en lisant la mention obligatoire désignant la publicité. L’information diffusée dans ces articles publicitaires est considérée par la grande majorité du lectorat comme une information émanant directement du média en question. 

On entre ici dans une nouvelle ère de l’information qui voit naître de pseudo médias ressemblant étrangement à des entreprises de communication publicitaire.

Si dans un média traditionnel les marques restreignent la ligne rédactionnelle, avec le native advertising ce sont les marques qui guident directement les sujets abordés dans les rubriques qui leur sont dédiées….On entre ici dans une nouvelle ère de l’information qui voit naître de pseudo médias ressemblant étrangement à des entreprises de communication publicitaire. La frontière entre article d’information et article publicitaire est donc de plus en plus floue.

Là où l’on cherche un média indépendant, sortant des lignes traditionnelles, et révolutionnant l’information à l’heure de la défiance populaire, on trouve des plateformes mélangeant indifféremment prestations publicitaires et articles d’information.

Réseaux sociaux et médias : libérés ou limités ?

Mettons de côté la question du financement des médias digitaux et des restrictions désastreuses qu’elle engendre pour nous concentrer sur le problème majeur de ces nouveaux-nés.

La production et la diffusion de l’information dans l’espace démocratique sont des notions majeures dans le fonctionnement du processus républicain. Nous connaissons les questions et biais engendrés par le financement des médias traditionnels. Le modèle de diffusion de l’information par les médias digitaux fait poindre un semblant de solution : les coûts d’impression de la presse papier ou de maintien d’un site internet dédié sont supprimés et le média s’assure une plus grande diffusion en se rapprochant du lectorat et en lui déléguant directement le partage de son contenu. Cependant, l’apparition des médias digitaux introduit de nouveaux acteurs de premier plan dans le processus : les réseaux sociaux. 

L’information n’est plus pensée pour prévenir, décrire et expliquer mais pour buzzer.

Puisque ces médias diffusent leur contenu exclusivement sur ces plateformes, afin d’établir une espérance de vie décente, ils doivent se conformer à leurs algorithmes.  L’information n’est plus pensée pour prévenir, décrire et expliquer mais pour buzzer puisque la durée de vie d’un post oscille entre quelques heures et quelques jours. Les sujets ne sont plus choisis et traités pour informer mais ils résultent directement de l’architecture des réseaux sociaux. Plus précisément : Facebook met en avant les vidéos courtes et rythmées tout comme Snapchat, Instagram ou Tik Tok. A l’inverse de YouTube, ces réseaux sont formatés pour favoriser les formats simples, aux chartes graphiques attirantes qui retiendront l’attention au milieu du flux de posts de l’utilisateur.

Le temps et le format sont deux contraintes dictées par les plateformes sur lesquelles l’information est diffusée par les réseaux sociaux. Cela nuit gravement à la qualité et à la pertinence de l’information. Il est purement et simplement impossible de produire de l’information contenant une analyse suffisamment profonde sur un format de quelques secondes. 

Voici ce qu’il en résulte : une présentation léchée et dynamique mais peu de texte, des titres-chocs et malheureusement très peu d’information en substance. Une recette efficace pour buzzer et qui attire donc les annonceurs mais un véritable manque pour l’information des citoyens. La conversion à l’ère du numérique pour l’information de l’espace démocratique est un véritable échec au regard de la grande majorité des médias digitaux. Comment se contenter d’une information à la fois fusionnée à de la publicité et dictée par les algorithmes des réseaux sociaux ?