2020 en 4 faits politiques

Retour sur les principaux faits politiques de 2020

Cette année 2020 a été manifestement marquée du sceau de la crise sanitaire du coronavirus. Dans cet article, nous effectuerons un bref retour sur les faits politiques français les plus marquants de l’année passée en occultant volontairement toutes les questions relatives au Covid-19 ou à la gestion de la crise par le gouvernement, sur lesquelles chacun d’entre nous aura eu tout le loisir de se forger sa propre opinion. Déboulonnage de statues, élections municipales, assassinat de Samuel Paty et violences policières sont les actualités politiques françaises les plus marquantes de l’année, sur lesquelles nous allons revenir.

Déboulonnage de statues : quel rapport à notre Histoire ?

Après la mort de Georges Floyd, de nombreuses manifestations contre les violences policières et le racisme ont éclaté aux Etats-Unis.

Protestant contre les inégalités raciales, les manifestants ont dégradé, vandalisé et déboulonné des statues représentant des personnages liés à la colonisation ou à l’esclavagisme.

C’est ainsi que nous avons pu voir des manifestants abattre des statues d’Edward Colston (marchand et négrier anglais), Christophe Colomb ou Jefferson Davis (président des Etats confédérés durant la guerre de sécession). Le mouvement anti-raciste Black Lives Matter et l’idée de s’en prendre aux statues s’est rapidement propagé outre-Atlantique, particulièrement en France et au Royaume-Uni.

En France, des statues représentant Jules Ferry, Léon Gambetta ou Napoléon Bonaparte furent ciblées, mais les débats se sont principalement concentrés autour de la personne de Colbert, accusé d’être un esclavagiste et d’avoir préparé la rédaction du Code noir. Il faut croire que ces mouvements antiracistes n’épargnent personne puisque les statues à l’effigie de Churchill et de de Gaulle n’y ont pas échappé ; le premier étant qualifié de « raciste », tandis que le second était traité d’« esclavagiste ».

Ces manifestations sont, dans notre pays, une importation de l’idéologie américaine de la white supremacy. Celle-ci prétend que la colonisation a laissé des traces, dont les résidus octroient aux Blancs des privilèges sociaux et des avantages structurels dans la société. Or, il est clair que le rapport à la colonisation et à la couleur de peau n’est pas le même en France qu’aux Etats-Unis.

Par ailleurs, le fait de déboulonner des statues nous pose à tous une question fondamentale sur notre rapport à l’Histoire : devons-nous juger nos ancêtres avec nos yeux d’aujourd’hui ? Si la réponse à cette interrogation est positive, alors Napoléon, Gambetta et Ferry pourraient être objectivement taxés de colonialistes. Il faudrait alors dresser une liste objective de nos ancêtres « colonialistes », « racistes », voire « sexistes » ou « homophobes » et les présenter publiquement comme des contre-exemples et des personnages détestables. Or, le cas Colbert est à cet égard intéressant. Peut-on résumer la vie de celui qui fut (notamment) ministre des Finances, Principal Ministre de Louis XIV et qui participa grandement au développement de l’industrie et du commerce de la France à sa seule participation à la colonisation ? A l’inverse, si la réponse à cette question est négative, alors on comprend que l’Histoire est le récit dans lequel notre société contemporaine prend ses racines. Même dans ses périodes les plus sombres, l’Histoire est un guide et en occulter des parties reviendrait à nous bander les yeux, ne plus comprendre notre société et ne pas saisir son évolution.

Elections municipales : un fiasco pour LREM

Ce scrutin de l’été 2020 fut marqué par un taux d’abstention inhabituellement élevé pour des élections municipales (plus de 50% sur chaque tour), provoqué par l’épidémie du coronavirus.

Au-delà de cette crise, il s’inscrit dans un contexte de mécontentement social dû à la réforme des retraites et au mouvement des Gilets Jaunes. Depuis les élections municipales précédentes, le paysage politique a largement évolué avec l’arrivée du parti LREM et la débâcle des partis traditionnels.

L’enjeu de cette élection était donc réel puisqu’il s’agissait pour LREM de s’ancrer à l’échelon local afin d’assurer sa pérennité et pour le RN de poursuivre sa bonne dynamique de 2014, importante pour un parti qui peine à avoir un ancrage local puissant. Pour le Parti Socialiste et Les Républicains, il s’agissait d’une élection qui leur était favorable puisqu’ils pouvaient se baser sur leurs bastions locaux historiques pour espérer se donner un nouvel élan. Enfin, pour EELV, ce scrutin ne pouvait être que gagnant puisque leur implantation locale était faible.

A la suite des élections, nous avons beaucoup entendu parler de « raz-de-marée écologiste ». Or, même s’il est vrai qu’EELV fait indubitablement partie des gagnants de cette élection, le terme « raz-de-marée » semble excessif. En réalité, la victoire dans les grandes métropoles (Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg…) semble être dans la continuité du bon score obtenu aux dernières européennes, mais cache un résultat très faible dans les petites et moyennes communes. D’ailleurs, depuis que les maires écologistes sont au pouvoir, les différentes polémiques qu’ils ont suscitées (arbre mort, tour de France, patrouille de France…) ont sans doute davantage desservi le parti et la cause écologiste que l’inverse. Le parti présidentiel, en revanche, n’a pas grand-chose pour cacher sa déroute et sa déception. Mis à part Le Havre (où Edouard Philippe n’est même pas encarté LREM), le parti de la majorité a été balayé dans toutes les grosses et moyennes villes. Même à Lyon, Paris, Besançon ou Tours, où les chances de l’emporter étaient réelles, aucun candidat LREM n’a été élu. Les seules victoires sont en réalité des alliances avec des candidats « Macron-compatibles » qui ne sont pour la plupart pas des adhérents LREM, comme à Angers ou à La Roche-sur-Yon.

Pour le Rassemblement National, le bilan est assez mitigé. Le parti conserve ses fiefs de Fréjus, Hénin-Beaumont ou Béziers mais recule dans certaines grosses villes et peine à en conquérir de nouvelles. La seule réelle victoire est l’élection de Louis Alliot à Perpignan, prise aux Républicains et première ville de plus de 100000 habitants depuis 1995. D’ailleurs, Les Républicains ont également un bilan en demi-teinte. Il est clair qu’ils conservent sur l’ensemble du territoire leur large majorité acquise en 2014, surtout dans les petites et moyennes communes. Malgré quelques belles prises dans des villes moyennes (Lorient, Auxerre, Arles, Metz…), il n’en demeure pas moins qu’ils perdent des fiefs importants, tels que Bordeaux, Marseille et Perpignan et échouent à prendre Paris et Lyon, où ils avaient de réelles opportunités.

Assassinat de Samuel Paty : l’école républicaine au défi du séparatisme

Lors d’un cours d’éducation civique sur la liberté d’expression, un enseignant a montré des caricatures de Mahomet à ses élèves, après avoir laissé la liberté à ceux qui pourraient en être choqué de quitter sa salle de classe.

 Cet acte lui a valu la colère de nombreux parents d’élèves, qui l’insultaient sur les réseaux sociaux de « voyou », « islamophobe » et « raciste », allant jusqu’à dévoiler son adresse et son lieu de travail. Cet enseignant s’appelle Samuel Paty et a été sauvagement décapité par Abdoullakh Anzorov, un jeune tchétchène de 18 ans. Est-il possible pour l’École de la République de jouer son rôle d’éducation si elle n’est pas capable de s’affirmer face aux communautés qui tentent de la déstabiliser ?

            L’islamisme est manifestement une menace contre notre école républicaine (cf notre article sur le sujet ) puisqu’il tente de propager sa vision et oblige par le moyen de la violence les enseignants à s’y conformer. En réalité, cette situation n’est absolument pas nouvelle puisque le Rapport Obin date de 2004. Celui-ci pointait déjà la menace du séparatisme religieux et de l’influence grandissante de l’islamisme dans les écoles. Malgré le fait qu’il soit étayé de nombreux témoignages et de propos factuels, ce rapport a été passé sous silence. Aux enseignants qui pointaient également cette menace, il leur était rétorqué de ne pas trop faire de vagues. L’assassinat de Samuel Paty est donc le symptôme d’un mal profond qui ronge notre système éducatif depuis de longues années.

             Cet événement nous questionne aussi quant au droit au blasphème. La liberté d’expression doit-elle s’étendre à la critique et à la satire des religions ? Même si ce débat aurait dû rester français, le monde musulman a largement réagi aux propos d’Emmanuel Macron, lorsque celui-ci défendait le droit de caricaturer le prophète Mahomet. C’est ainsi qu’Erdogan a parlé d’insulte contre les musulmans et a appelé au boycott des produits français. Ramzan Kadyrov, chef de la République Tchétchène, a quant a lui déclaré que le président français, en tenant de tels propos, poussait les musulmans vers le terrorisme.

Loi sécurité globale et violences policières : dépassionnons ces débats

Mort de Cédric Chouviat, agression de Michel Zecler, questionnements sur le maintien de l’ordre dans les différentes manifestations, etc., l’année 2020 aura été ponctuée, comme depuis le début des manifestations des Gilets Jaunes, par des débats sur les violences policières.

Ceux-ci sont souvent très passionnés et manichéens. Entre d’un côté, ceux qui défendent coûte que coûte la police, jusqu’à légitimer ou banaliser certains excès et de l’autre, ceux qui voient les forces de l’ordre comme de véritables ennemis représentants du pouvoir, il est difficile d’y réfléchir en gardant la tête froide. Étant dépositaires de l’usage légal de la force, il est nécessaire de s’interroger sur les conditions et les limites de son exercice.

Les débats tournent souvent autour de plusieurs points, sur lesquels il faut réfléchir pour trouver une solution. Comment réglementer l’usage des LBD ou des grenades de défense GLI-F4 sans pour autant désarmer les policiers ? Comment renouveler l’IGPN afin de la rendre plus efficace, plus neutre et plus dissuasive ? Comment se fait-il que des policiers (de la BAC par exemple) se retrouvent à faire du maintien de l’ordre en manifestation alors que cela ne fait pas partie de leurs compétences et de leur formation ? Comment encadrer des manifestations de plus en plus souvent non-déclarées, imprévisibles et infiltrées par des groupes de casseurs ? Essayons de réfléchir aux causes et aux solutions plutôt que de faire de la morale et camper sur des positions manichéennes stériles.

             Sans doute les débats sur ce sujet ont été les plus virulents au moment de l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi sécurité globale, ce 24 novembre. Le but de cette loi est de mieux coordonner l’action de tous les acteurs de la sécurité et de mieux « protéger ceux qui nous protègent ». C’est plus précisément l’article 24 de cette loi, interdisant la diffusion en ligne du visage des membres des forces de l’ordre, qui a provoqué de vifs débats. Écrit dans le but de protéger nos policiers qui sont nombreux à être exposés, même en dehors de leur service, à des menaces et des tentatives d’intimidation, il n’en demeure pas moins que ce texte peut être qualifié de liberticide en ce qu’il restreint la liberté d’expression. Par ailleurs, cette loi peut être perçue davantage comme un coup politique que comme une nécessité juridique. Tous les textes concernant la protection de la vie privée, la mise en danger d’autrui et le droit à l’image existaient déjà, mais pour qu’ils protègent nos forces de l’ordre, encore faudrait-il mettre les moyens pour les appliquer correctement.

L’auteur

Emilien Pouchin