J-500 avant la présidentielle de 2022

À 500 jours du premier tour de 2022, état des lieux des forces politiques en présence

À 500 jours du scrutin présidentiel de 2022, il est encore très tôt pour pronostiquer ceux qui seront les gagnants ou les perdants. Cet article tente ici de présenter un état des lieux des forces en présence, pour analyser où en sont les différents protagonistes, favoris ou outsiders. Car les mois qui viennent seront déterminants dans les positionnements et les stratégies de cette élection incontournable devenue hors-norme. 

Fin avril 2022, soit dans environ 500 jours, nous devrions être appelés à voter pour le premier tour de l’élection présidentielle. C’est un moment crucial pour cette élection centrale de la Vème République. En effet, cette rencontre « entre un homme et la nation » reste le moment privilégié des Français pour choisir la ligne politique qui sera incarnée par le Président de la République. Depuis 1962 et l’instauration du suffrage universel direct pour cette élection, accentué par la mise en place du quinquennat en 2000, le choix du « monarque républicain » reste l’élection plébiscitée par les Français, avec la plus forte participation. Dès lors, il semble intéressant de se pencher sur celle à venir, attendue ou redoutée, elle sera nul doute un nouveau moment fort de notre démocratie. Il est évidemment trop tôt pour faire des pronostics quelconques, mais il convient ici de présenter les rapports de force du moment. Une chose est sûre, si l’élection présidentielle avait lieu aujourd’hui, nous assisterions à un remake de 2017 puisque tous les instituts de sondages donnent Marine Le Pen et Emmanuel Macron en tête, tous deux aux alentours de 25%. Mais paradoxalement, les mêmes sondages semblent montrer une lassitude des Français vis-à-vis de ce duel annoncé et même une envie d’autre chose, qui pourtant n’émerge pas encore. Alors, les mois qui viennent seront cruciaux pour le positionnement et la stratégie des autres éventuels candidats. 

Les déjà candidats : Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

Tout d’abord, il y a celui qui se retrouve de facto au cœur de cette élection à venir, c’est le Président sortant Emmanuel Macron. Effectivement, c’est le sens même des institutions et de la démocratie représentative que le Président en exercice puisse se présenter à sa propre succession, pour que son bilan puisse être débattu devant les citoyens, puis être approuvé ou sanctionné. Face à un quinquennat très singulier, entre les mouvements sociaux, les Gilets Jaunes, les attentats islamistes et la crise sanitaire et économique, il est probable que les discussions sur le bilan soient mouvementées. Malgré ces épreuves, ou peut-être grâce à elles, l’image d’Emmanuel Macron semble s’améliorer sondage après sondage. Ainsi, 43% des Français interrogés estiment actuellement qu’il est un bon président, soit 7 points de plus qu’en février 2020, selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting publié le 4 décembre dernier. Alors, même si Emmanuel Macron dans son entretien à Brut, affirmait, sans doute avec stratégie, « je n’exclus rien » et « peut-être que je ne pourrai pas être candidat », il est vraisemblable de penser que fort des sondages favorables, du soutien de son camp et d’une logique institutionnelle, il sera candidat à sa réélection. 

Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon sont entrés très tôt dans la bataille.

Ensuite, il y a ceux qui sont déjà candidats déclarés. Afin de plier le match interne à leurs partis et éviter toute contestation naissante, Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon sont entrés très tôt dans la bataille. Face aux critiques de certains au sein du RN qui ne l’imaginent pas gagner, car confrontée à un plafond de verre, et aux tentations de sa nièce Marion Maréchal, Marine Le Pen a dû annoncer dès janvier 2020 son intention de candidater de nouveau à ce scrutin. Elle se place ainsi comme l’opposante numéro un au président sortant, elle plie le match interne et maintient également le duel idéologique entre les mondialistes et les nationalistes. Son investiture par le congrès du parti en 2021 ne fait donc plus de doute. S’inscrivant dans la même stratégie, Jean-Luc Mélenchon, également contesté sur sa capacité de gagner, et afin de s’imposer en premier comme le candidat de la gauche, a annoncé 18 mois avant le scrutin, au JT de TF1, son intention de se présenter à nouveau. Pour se donner une légitimité populaire, le candidat LFI a demandé le soutien de 150 000 signataires pour valider sa candidature. Cette idée novatrice d’un soutien populaire est intéressante mais, les Insoumis revendiquant plus de 600 000 adhérents, le seuil manque clairement d’ambition et fut d’ailleurs atteint en quatre jours. 

Cependant, ces deux candidats radicaux et clivants ne laissent pas envisager une alternance crédible et possible au Président sortant. Les électeurs, dans une idée de vote utile pour l’alternance, pourraient alors chercher ailleurs une solution. Mais justement où en sont les autres partis traditionnels de la droite et de la gauche ? 

La droite : recherche désespérément son leader 

Alors que la France semble s’être largement droitisée, comme le montrent les préoccupations des citoyens (emplois, insécurité, terrorisme) et comme le souligne un sondage Ifop sur l’auto-positionnement des Français (sur une échelle de 0 à 10, ils étaient à 5,8 en moyenne en juin 2019, ils sont aujourd’hui plus à droite à 6,2). La droite, elle, ne semble pas encore prête pour 2022. En effet, dans sa tradition gaulliste, la droite se cherche un chef, un leader capable de lui redonner un élan et de la rassembler. Or, la primaire de 2016 puis l’échec de 2017 lui ont fait perdre nombreux de ses ténors. Fort potentiel cherche chef pour l’incarner. 

Fort potentiel cherche chef pour l’incarner. 

            Fort de nombreux élus locaux et nationaux, la droite ne manque pourtant pas de profils, ni de personnalités ambitieuses, mais force est de constater que dans les sondages d’opinions, aucun d’entre eux n’écrase le match. Il y a d’abord les ambitieux présidents de régions comme Valérie Pécresse et Xavier Bertrand qui ont envie d’y aller, les sondages étant d’ailleurs plutôt cléments pour le Président des Hauts-de-France. Cependant, leur passé de Ministre et leur positionnement centre-droit, ayant quitté leur propre parti (LR), rendent leur investiture et leur éventuelle campagne très difficile. S’ils passent par une primaire, ils risquent la « juppéisation » et s’ils se confrontent directement à Emmanuel Macron, ils risquent l’indifférenciation. Il reste alors de la place pour une droite ancrée dans ses valeurs, sincère, sans passé gouvernemental et ambitieuse dans son projet pour la France. Cet espace est incarné par Bruno Retailleau qui est le seul aujourd’hui à vouloir prendre ce créneau et ainsi être capable de réunir les différents courants de la droite comme l’avait habilement fait François Fillon en 2017. Mais d’autres comme Laurent Wauquiez, Rachida Dati ou Guillaume Peltier pourraient bien vouloir prendre ce chemin également. Ce sera alors sans doute aux sympathisants lors d’une primaire encore inscrite dans les statuts, voire aux militants dans un congrès interne, de trancher. Mais la singularité du sénateur vendéen Bruno Retailleau et son avance dans le cœur de la base lui est largement favorable. Cet espace à droite est d’autant plus large et plus accessible que Nicolas Dupont-Aignan ne peut plus s’y positionner, depuis qu’il s’est allié à Marine Le Pen dans l’entre-deux tours de 2017. 

La droite sera sans doute au cœur de la présidentielle de 2022.

            Enfin, il y a les fantômes, ceux qui ne sont plus dans le jeu politique national, mais qui continuent de hanter la droite et d’être appréciés par les sympathisants de droite. C’est le cas de l’ancien Président Nicolas Sarkozy, parrain de la droite pour les élus et dernier grand leader pour les militants. Même si ce dernier ne semble pas vouloir revenir et affirme avoir définitivement tourné la page, dans un paysage politique chaotique et s’il réussit à prouver l’acharnement judiciaire dont il semblerait être victime, il pourrait s’imposer comme le recours, si le peuple de droite venait à le réclamer. L’autre fantôme, c’est aussi l’ancien Premier ministre Édouard Philippe qui, malgré sa désertion au profit du gouvernement Macron, reste très apprécié à droite et auprès des Français. Mais son impossible positionnement, comme partie prenante ou opposant du quinquennat, face à un Président sortant, rend cette hypothèse très compliquée. 

            Ainsi, la droite sera sans doute au cœur de la présidentielle de 2022. Soit un leader réussira à émerger pour porter ses convictions attendues par une grande partie des électeurs, soit elle sera encore grignotée, peut-être jusqu’au bout, sur sa droite par Marine Le Pen et sur sa gauche par Emmanuel Macron. 2022 vérifiera alors, si la non qualification de la droite française au second tour de la présidentielle en 2017, était une anomalie historique ou si c’était le début d’une refondation plus profonde du paysage politique.

La gauche essaye de trouver une difficile unité 

On croyait la gauche terminée pour l’élection présidentielle de 2022, mais les relatifs bons résultats aux élections municipales, en se maintenant dans de nombreuses villes, souvent grâce à l’alliance avec les Verts, montrent une force politique toujours présente. D’autant plus que la droitisation du Président Emmanuel Macron peut permettre de dégager un espace au centre-gauche et peut-être un retour de l’électorat de gauche modérée. C’est alors sur ce créneau que des personnalités historiques du PS comme François Hollande, Ségolène RoyalBernard Cazeneuve ou Olivier Faure pourraient se positionner pour tenter de réincarner ce parti historique. Mais leur carrière politique semble derrière eux à cause notamment des faibles attentes de la part de l’électorat et dans un espace politique trop restreint. 

Comment alors trouver une figure capable de réunir tous les courants d’idées, aujourd’hui profondément divisés voire incompatibles ?

Tout comme la droite, la gauche est forte d’un maillage territorial et de nombreux élus qui doivent maintenant s’incarner au niveau national. Et c’est là que commence toute la difficulté pour la gauche, qui préfère intrinsèquement les idées aux incarnations. Comment alors trouver une figure capable de réunir tous les courants d’idées, aujourd’hui profondément divisés voire incompatibles ? Ici réside l’impossible équation pour la gauche en 2022 car, depuis la débâcle du quinquennat socialiste de 2012 à 2017 symbolisée par les “frondeurs” et l’incapacité du Président sortant à se représenter, la gauche française recherche un nouveau souffle dans une multitude de courants qui semblent parfois irréconciliables. Effectivement, il semble très difficile aujourd’hui de réunir la gauche républicaine laïciste avec la gauche multiculturelle communautariste, de réunir les sociaux-démocrates favorables aux réformes libérales avec la gauche plus souverainiste opposée à la mondialisation. Même sur la question écologique, qui pourrait pourtant les unir et les faire gagner, les courants s’opposent, notamment sur l’épineuse question de la décroissance. La gauche est donc confrontée à son éternel problème de l’unité, qui est d’autant plus complexe par la candidature de Jean-Luc Mélenchon, se retrouvant ainsi dans le même scénario qu’en 2017. 

            Dans ce contexte difficile, de rancœurs personnelles, d’égos et de luttes partisanes, les sondages laissent quand même apparaître des personnalités fortes qui plaisent aux sympathisants de gauche. Christiane Taubira comme Anne Hidalgo apparaissent ainsi comme des leaders potentiels, mettant en avant les questions sociétales qui peuvent unir, plutôt que d’autres sujets clivants. A l’inverse, une personnalité comme Arnaud Montebourg mise sur le retour du peuple à gauche, en parlant de souveraineté, il espère s’adresser de nouveau aux classes populaires, mais ces dernières semblent définitivement avoir tourné le dos à la gauche traditionnelle. 

L’écologie justement avec EELV, pourrait capitaliser sur son succès aux élections européennes, sur la surprise des municipales et sur l’envie d’écologie de la société pour s’imposer comme force politique capable de rassembler la gauche. C’est alors ce que tente Yannick Jadot, en voulant même se positionner ni à gauche, ni à droite mais bien sur le créneau simple de l’écologie. Mais le bilan et les récentes polémiques des nouveaux maires verts, notamment sur les sapins de Noël et sur le Tour de France, viennent compliquer cette stratégie. D’autant plus que la base militante du parti, plus radicale, décroissante et altermondialiste pourrait bien ne pas vouloir de cette stratégie modérée, comme elle a rejeté Nicolas Hulot à la primaire de 2011 au profit d’Eva Joly.

Et une surprise ? 

Enfin, il y a les éventuelles surprises, celles que l’on attend ou pas, qui sortent de l’ordinaire et qui pourraient bouleverser le scrutin. Elles ne sont pas à négliger car dans un climat de méfiance, de rejet du système et avec un électorat fluide qui bascule plus facilement, tout peut se produire. A près de 500 jours de l’élection, rien n’est à exclure, même d’autres noms que l’on n’imagine pas à l’heure actuelle. 

            Le nom qui circule en ce moment, d’ailleurs étrangement mis en lumière par les médias, est celui de Pierre De Villiers. Ancien chef d’État-Major des armées, parti suite à un désaccord avec le Président Macron au début du quinquennat, il incarne la fidélité à ses convictions, l’autorité et la rigueur face à la « chienlit » du moment. Dans ce contexte particulier, Pierre De Villiers pourrait alors jouer un rôle crucial pour 2022, si ce dernier en a réellement l’envie. Il pourrait en effet capitaliser les voix des Français qui réclament plus d’autorité, comme celle des citoyens désabusés par les politiques, et ainsi devenir une sorte d’homme providentiel. Mais il pourrait au contraire ne pas tenir face à la dureté d’une campagne politique et ainsi devenir un formidable atout d’Emmanuel Macron, en divisant la droite, abaissant ainsi les scores de LR et du RN au profit de LREM. 

Une des figures du mouvement des Gilets Jaunes, Jacline Mouraud, vient d’annoncer le 7 décembre sa volonté de se présenter.

            Aussi, la France a connu durant ce mandat un mouvement social historique, celui des Gilets Jaunes, la colère qui a explosé dans la rue de manière fracassante n’a cependant pas encore trouvé son expression politique qui pourrait venir en 2022. Une figure citoyenne pourrait alors faire tout bousculer à l’instar de Christophe Mercier dans la saison 3 de Baron Noir, qui imagine ce bloggeur inconnu, devenant la figure d’un mouvement citoyen nouveau, se qualifiant au second tour. D’ailleurs, une des figures du mouvement des Gilets Jaunes, Jacline Mouraud, vient d’annoncer le 7 décembre sa volonté de se présenter. Preuve que le mouvement des Gilets Jaunes, qui a demandé la parole pendant plusieurs week-ends sur les ronds-points de la France périphérique, pourrait bien vouloir définitivement la prendre en 2022.

            Enfin, beaucoup moins réaliste et peu probable, mais tout autant discuté, la candidature d’une personnalité publique du monde du spectacle qui, à l’instar de Coluche, pourrait venir perturber l’élection de 2022. Ce fut d’abord le nom de l’humoriste Jean-Marie Bigard qui a fortement circulé, puisque ce dernier a affiché son souhait d’être candidat, avant d’annoncer son retrait. Fortes d’une communauté sur les réseaux sociaux, ces candidatures viendraient éventuellement contourner les campagnes mainstream et traditionnelles. Le site Hanouna 2022 a été déposé, alimentant là encore les rumeurs et même les inquiétudes, mais le présentateur Cyril Hanouna dément tout ambition, car il est difficile dans ce monde médiatique d’assumer puis de porter un projet présidentiel. Didier Raoult, devenu pour certains une icône anti-système depuis sa médiatisation lors du Covid-19 pourrait dans la même idée se positionner pour 2022. 

Le match n’a pas commencé, mais il devrait se préparer activement dans les mois à venir.

            Ainsi, le match n’a pas commencé, mais il devrait se préparer activement dans les mois à venir. Tout reste encore ouvert et possible pour l’élection présidentielle de 2022. Comme celle de 2017 nous l’a montré, les favoris plus d’un an avant ne sont pas forcément les gagnants et les campagnes désormais hors normes peuvent réserver bien des surprises. Une chose est sûre, dans 500 jours nous voterons pour la présidentielle de 2022 et ce seront alors les Français qui trancheront.  

L’auteur

Pierre Vitali