Le naufrage de l’Éducation Nationale [2]– « Islamisme : Courage, fuyons ! »

De la montée de l’islamisme dans les écoles républicaines

Il y a quelque temps, je vous parlais des problèmes qui touchent l’Éducation Nationale, et particulièrement la pauvreté de ses résultats académiques. Après avoir attaqué la pédagogie, l’idéologie et la mauvaise méthodologie dont souffre l’EN, il convient d’aborder aujourd’hui un autre problème : l’islamisme à l’école.

Mais avant toutes choses, lisons un passage du désormais fameux « Rapport Obin » portant sur l’islamisation extrémiste dans l’Education nationale. Ce rapport, datant pourtant de 2004, était déjà très lucide quant à l’évolution de la situation de certains quartiers. Voici un extrait du rapport de l’Inspecteur Général de l’Education Nationale J-P Obin, après enquête dans des dizaines d’établissements d’enseignement français :

« Les manifestations observées en milieu scolaire, individuelles et le plus souvent collectives, revêtent des formes parfois licites (comme la participation au jeûne rituel ou le refus d’aliments non consacrés, ou encore le marquage vestimentaire des parents), parfois illicites (comme l’absentéisme sélectif, ou le refus ou la contestation d’activités et de contenus d’enseignement), ou au caractère parfois plus difficile à apprécier (comme certaines revendications d’adaptation de la vie scolaire ou des contestations politico-religieuses.) Il ne s’agit nullement pour ces populations d’un repli identitaire des plus anciens, mais bien d’une identité de substitution qui se diffuse d’abord parmi les jeunes de la seconde ou troisième génération. Des organisations, le plus souvent structurées sur le plan international, prospèrent sur ce terreau et assurent à cette nouvelle identité « musulmane » une promotion efficace, dans une surenchère permanente qui donne aux plus radicaux souvent le plus de poids auprès des plus jeunes ou des plus fragiles (parmi ces derniers on peut placer un certain nombre de jeunes convertis ; la direction centrale des renseignements généraux estime ces radicaux à 1100 sur environ 50 000 convertis). Le projet de ces groupes ouvertement ségrégationnistes et qui dénoncent l’intégration comme une apostasie ou une oppression, va encore plus loin. Il est aussi de rassembler ces populations sur le plan politique en les dissociant de la nation française et en les agrégeant à une vaste « nation musulmane ». 

Le rapport Obin est extrêmement inquiétant : non seulement, car il est relativement ancien (et on a pu constater comment la situation n’a fait que se dégrader sur les 15 dernières années), mais aussi car il confirme l’émergence d’une jeunesse issue de l’immigration islamisée et ennemie de la société française, avec sa propre contre-culture, et liée aux organisations islamistes internationales.

La postérité du rapport Obin

Eh bien vous serez ravis d’apprendre que non seulement il n’a pas été écouté (François Fillon avait refusé par 3 fois la publication de ce rapport quand il était à la tête du ministère ; le rapport fut finalement publié à la suite d’une fuite), mais en plus la situation s’est empirée. C’est le constat que fait le même Jean-Pierre Obin en 2020, à l’occasion de la sortie de son nouveau livre Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école. Cet ouvrage d’une centaine de pages est à la portée de tous, et résume parfaitement l’état actuel de notre école. 

En se basant sur son expérience de professeur et d’inspecteur de l’EN, Jean-Pierre Obin détaille la genèse du rapport Obin, ses constats suite à son travail de terrain, en liant statistiques et anecdotes véridiques. Un livre à ressortir la prochaine fois qu’un David Goodenough voudra vous faire relativiser le degré de gangrène de l’Education Nationale. Et cette gangrène c’est bien l’islamisme.

Jean-Pierre Obin nous raconte ainsi comment la mixité est sans cesse contestée, que ce soient dans les cours de sports, où une allergie au chlore semble être partagée par la plupart des jeunes filles de confession musulmane, mais aussi aux réunions parents-profs où des pères refusent de serrer les mains des professeurs féminins, quand ils ne refusent pas tout simplement de s’y rendre. Il nous raconte également la remise en cause constante des programmes de Français, d’éducation civique, d’histoire et même de biologie, qui force les professeurs à s’autocensurer par peur des représailles (ou par complaisance vis-à-vis de l’islam radical pour certains). 

Ainsi, lors d’une enquête sociologique, les chercheurs de l’Institut de Science Politique de Grenoble ont découvert que l’assertion « la femme est faite avant tout pour faire des enfants et les élever », était approuvée par 16% des élèves athées, 29% des catholiques et par 41% des musulmans. Autre assertion : « Une loi heurte tes principes religieux, que fais-tu ? » ; 68% des élèves de confession musulmane privilégient leur religion, contre 34% des catholiques. Enfin, seuls 6% des élèves musulmans (contre 30% des catholiques et 66% des athées) pensent que « les espèces vivantes sont le résultat de l’évolution » (Sébastien Roché, Enquête, « Les adolescents et la loi », rapport projet UPYC, volet France , 2016). De quoi préparer un véritable relativisme culturel.

Jean-Pierre Obin ne verse jamais dans « l’islamophobie » ; en revanche, il n’hésite pas à évoquer le problème grandissant de l’antisémitisme au sein de l’EN. Ainsi, entre 2000 et 2015, ce sont près des deux tiers des 100 000 élèves juifs scolarisés dans le secondaire qui ont été déscolarisés du public vers le privé (« La déscolarisation des élèves juifs de l’enseignement public », Dominique Schnapper, Paul Salmona et Perrine Simon-Nahum, Réflexions sur l’antisémitisme, Paris, Odile Jacob, 2016, p.207-214). Nous sommes en 2020 et les élèves juifs français préfèrent l’enseignement privé catholique à l’école publique républicaine ; cherchez l’erreur.

Et la laïcité dans tout ça ? Parlons-en de la laïcité ! Le livre évoque tout d’abord les refus d’observer une minute de silence à l’occasion des attentats : selon un sondage IFOP, 13% des enseignants déclarent avoir été confrontés à des contestations d’élèves lors des moments de recueillement organisés à la suite des attentats de janvier et novembre 2015. La même enquête IFOP révèle que 38% des enseignants ont observé des contestations de la loi sur les tenues et signes religieux de la part des élèves (Sondage IFOP pour le Comité national d’action laïque, mars 2018). 

Tous responsables ? 

Mais pourquoi blâmer les seuls islamistes ?  “Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien”, nous disait Burke. Et en la matière, certains fonctionnaires de l’EN semblent vouloir voir triompher ce mal qu’est l’islamisme. Nous en parlions dans la première partie de cet article, la gauche a une grande part de responsabilité dans ce laxisme. On peut marquer la décadence idéologique de la gauche à 1961, avec la publication par Frantz Fanon, de Les damnés de la Terre (Paris, La découverte) où l’auteur déclare que les véritables opprimés ne sont plus les prolétaires européens mais le Tiers-Monde. De là, va découler une lente mutation de la gauche, qui va progressivement délaisser le marxisme traditionnel pour des thèses post-modernes, liées à Michel Foucault et Pierre Bourdieu. On peut par exemple citer Alain Touraine qui, lors d’une conférence à l’université Lumière de Lyon en 1995, déclarait que l’école doit abandonner toute idée d’une cohésion sociale fondée sur un système de valeurs partagées. L’enseignant doit s’attacher à prendre en compte l’individu chez l’enfant avant toute chose ; ainsi, pour lui, le port du voile islamique est l’expression d’une identité positive. 

Et comment oublier le rôle de certains syndicats, marchant main dans la main avec des associations proches des Frères Musulmans comme le CCIF, afin de faire des entorses au règlement : on a ainsi vu l’installation de salles de repos durant le ramadan dans certains établissements, tandis que certaines écoles ont adopté le régime alimentaire halal par défaut. Et bien sûr le sacro-saint Graal des islamistes : pouvoir porter le voile à l’école. Il serait intéressant de voir comment réagiraient ceux qui revendiquent ce droit, face à des élèves juifs qui viendraient kippa sur la tête en cours. Au vu de l’exode des élèves juifs évoqué plus tôt, il y a fort à parier que le résultat ne serait pas beau à voir.  

Mais ne croyez pas une seconde qu’il faut mettre tous les musulmans ou tous les individus de culture musulmane dans le même panier. Nous l’évoquions déjà dans notre article sur les Frères Musulmans, nombreux sont les musulmans à dénoncer la radicalisation récente de l’islam, et en particulier de l’islam en France. On pensera à ces mères musulmanes du quartier du petit bard à Montpellier qui, au printemps 2015, avait monté une association pour demander plus de mixité sociale, « davantage de petits blonds et de petits roux sur les photos de classes » pour reprendre leurs mots. A l’instar de Choukri Ben Ayed, sociologue spécialisé dans les questions scolaires, elles avaient compris que la mixité sociale est le facteur le plus important de la réussite scolaire. 

Conclusion : vers une solution ?

Si vous avez été choqués par certaines informations contenues dans cet article, alors rendez-vous chez votre libraire pour vous procurer le dernier livre de Jean-Pierre Obin. Vous y trouverez une véritable analyse sourcée et agrémentée d’un réel travail de terrain. 

Que retenir de cet état des lieux de l’Éducation Nationale ? Une école plus-si-républicaine-que-ça qui, en plus d’être laxiste et inefficace en termes de résultats scolaires, semble gangrenée par diverses idéologies allant du progressisme maladif à l’islamisme intégriste. Il est clair qu’en continuant sur cette route, on se dirige tout droit vers cet « archipel français » décrit par Jérôme Fourquet (encore une très bonne lecture), où la France ressemblerait à un conglomérat de petites communautés vivant dans un antagonisme constant.  Mais la critique est facile, et l’art est difficile. C’est pourquoi dans notre troisième partie, nous verrons quelles mesures pourraient endiguer, voire inverser, la tendance actuelle.

L’auteur