Comment la droite est devenue (malgré elle) l’enjeu de l’élection présidentielle

Pourquoi la France est encore plus de droite ?

Voilà pourquoi je pense que la droite sera l’enjeu de l’élection. Si elle arrive à proposer un projet de société ambitieux et attirant, loin des images de vieux républicains que certains entretiennent, alors la plupart des jeunes Français « apolitiques » et déçus par tous les gouvernements du 21ème siècle pourront très bien voter pour elle.

Cela faisait bien longtemps que la France n’avait pas été autant à droite. En juillet 2020, Jérôme Fourquet, de l’institut de sondage Ifop, analysait pour « Le Point » la vivacité du clivage droite/gauche au profit de la droite en France. Il déclarait que 39% des sondés se disaient à droite, 32% au centre et seulement 13% à gauche. En clair, on observe donc une nette majorité à droite, ainsi que beaucoup de gens « à convaincre ». En effet, se dire « au centre » est pour beaucoup une manière de se déclarer apolitique ; or, les manifestations des gilets jaunes ont montré que la plupart des apolitiques étaient sympathisants de certaines idées de la droite, notamment concernant la pression fiscale. 

Quant à la gauche, il semblerait que ses orientations progressistes (pro-LGBT, pro-migrants, anti-Etat, anti-flic, néo-féministes,etc.) n’intéressent presque plus personne, si ce n’est certains jeunes vivant à travers les filtres d’Instagram ou Twitter (ce qui expliquerait peut-être pourquoi la gauche veut abaisser le droit de vote à 16 ans). Les gens qui vivent dans le monde réel, eux, n’ont pas les mêmes priorités. La gauche ne séduit plus ; même dans son propre camp, on y annonce la fin du règne de Jean-Luc Mélenchon, tandis que le Parti socialiste est mort et enterré par Benoît Hamon. On ne sait pas qui reprendra la tête de la France Insoumise, et on ne sait pas quoi faire de ces fichus écolos.

Et En Marche dans tout ça ? Car eux aussi paraissent disparaître. Leur seule raison d’être semble maintenant de faire barrage au RN. On ne vote plus « pour » LREM, mais « contre » le RN. Pourtant, dans un premier temps, on aurait pu croire à une alliance avec les verts. Cela aurait permis de séparer la gauche de son allié écolo, tout en gardant la droite la plus molle (tirant vers le centre) avec LREM. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé dans certaines villes pour les municipales, comme à Angers. A Angers le maire sortant Christophe Béchu, fut un des premiers à quitter les Républicains pour se rallier à En Marche (il est notamment proche d’Edouard Philippe). Pour les municipales de 2020, M. Béchu a fait du ménage dans sa liste : il s’est débarrassé de la droite « catho » qui avait permis son élection, pour les remplacer par des proches Europe Ecologie les Verts. Il a ainsi formé une alliance d’une certaine droite progressiste et libertaire. Une stratégie gagnante puisqu’il a remporté les élections dès le premier tour. 

Et si LREM a bien compris que désormais la France n’était plus de gauche, elle compte bien en faire son affaire.

Mais non, En Marche, en traitant les écolos d’amish, s’est définitivement écarté de cette possibilité. Au lieu de nous faire une Béchu, LREM semble vouloir nous faire une Sarkozy. Qu’est-ce que c’est qu’une Sarkozy, me direz-vous ? C’est quand Nicolas Sarkozy, pour sa campagne de 2007, fait appel au conseiller Patrick Buisson pour voler l’électorat du FN. En se présentant comme la droite forte, la droite identitaire qui va « nettoyer les cités au karcher », il arrive à rassembler l’électorat qui avait envoyé Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002. Alors quand je vois Gérald Darmanin vouloir se lancer dans une guerre contre le trafic de drogue et les étrangers fichés S, Jean-Michel Blanquer dénoncer “l’islamo-gauchisme” dans les universités, Marlène Schiappa faire la chasse aux clandestins violeurs, et notre Président déclarer haut et fort le danger islamiste, je me dis qu’il y a comme un sentiment de déjà vu. De manière plus générale, la multiplication des attaques terroristes ces dernières semaines a prédisposée l’opinion publique à un type de discours conservateur. En effet, les Français semblent avoir compris le danger réel que représente l’islamisme, et assument de faire primer la sécurité et la liberté sur le vivre-ensemble et le politiquement correct. Et si LREM a bien compris que désormais la France n’était plus de gauche, elle compte bien en faire son affaire.

Pour comprendre ce tournant dans l’opinion publique, il faut comprendre deux notions. La première est bien sûr celle d’hégémonie culturelle, du marxiste Antonio Gramsci : la mainmise de la gauche ou de la droite sur la culture lui garantit la victoire de bataille des idées sur le long terme. Ainsi, si entre les années 60 et les années 90 la gauche jouissait du quasi-monopole de la culture, et même de la culture populaire (ce qui lui a permis de porter Mitterrand au pouvoir en 81), depuis plusieurs années, la droite et ses intellectuels ont investi la culture et semblent reprendre l’avantage, que ce soit à la radio (SudRadio, Europe 1), à la télévision (Cnews, Paris-première), mais surtout sur internet (en particulier sur Twitter), où la plupart des influenceurs se moquent allègrement des délires progressistes du camp d’en face. Le dernier bastion de la gauche restant l’université, mais qui s’affaiblit néanmoins face au syndicalisme étudiant conservateur et pourfendeur des excès dans le domaine académique (UNI, Cocarde). La deuxième notion à retenir est le mouvement dit “dextrogyre”, théorisé par l’historien du droit et maître de conférence Guillaume Bernard, qui décrit comment la droite a repris le monopole de la création d’idées politiques (qui était avant aux mains de la gauche ; Albert Thibaudet parlait alors de mouvement “sinistrogyre”). Ce monopole a permis à la droite de s’imposer dans le débat d’idées, en dictant tant les thèmes que le vocabulaire utilisé. Même si cette route est encore longue (nombreux sont ceux à vouloir laisser 2022 à Macron pour ne mobiliser la droite et l’unifier qu’à partir de 2027), les choses sont en bonne voie pour la droite.

La question de la présidence des Républicains

Se pose donc la question de LR et de sa présidence ; car que ce soit bien clair : LR ne gagnera jamais seul. Il est trop tard pour cela, les jours de gloire des Républicains sont loin derrière eux. L’heure est à l’humilité et aux alliances. Et c’est bien la tête de LR qui choisira ce jeu d’alliance. Voilà deux des scénarios qui me paraissent possibles.

« Le cas Xavier Bertrand » : l’ancien conseiller général, député, ministre du travail et de la santé, secrétaire général de l’UMP qui avait quitté LR dans la débâcle, semble vouloir revenir pour achever le travail. Celui qui déclarait il n’y a pas si longtemps que son ennemi numéro 1 restait le RN, et qui préconise toujours une alliance avec Macron sera la fin de LR comme parti d’une droite dure. Monsieur Bertrand se la jouera faussement sécuritaire et conservateur pour rester crédible (et électoraliste), il fera une alliance avec Macron au second tour pour diaboliser le RN, et créera un énième gouvernement laxiste, progressiste et mondialiste. 

Que ce soit bien clair : LR ne gagnera jamais seul.

« La primaire » : C’est, de loin, le scénario le plus intéressant. Une primaire, ouverte à tous, pour la droite. Au préalable de l’élection, la droite pourrait voter pour celui ou celle qui la représenterait le mieux. Chez LR, des personnalités comme Bruno Retailleau semblent soutenir une telle initiative. Il s’agit de cette nouvelle droite, jeune, fière de ses idées, qui n’a pas peur d’être conservatrice, à la manière de François Xavier Bellamy. Mais des outsiders seraient également possibles : Philippe de Villiers, Charles Gave, ou même Marion Maréchal. Comme le dit très bien le professeur Guillaume Bernard, une primaire commune à la droite serait le meilleur moyen de se mettre d’accord et d’avancer groupé dès le début. 

Bien d’autres scénarios sont possibles, mais ce qui est sûr, c’est que c’est bien autour de cet électorat de droite que se jouera la victoire.

Que doit proposer la droite ?

Je pense que la droite doit être plus visionnaire. Soyons francs, entre nous, cela fait longtemps que la droite ne fait plus envie. Pour les jeunes de 18-25 ans, la droite c’est surtout le parti des vieux riches pour qui votent papi et mamie. Tandis que, pour beaucoup, la gauche c’est le côté « cool », jeune, qui se bat pour le progrès, etc… 

La droite d’aujourd’hui doit s’adresser à un électorat qui va bien au-delà de ses terrains conquis. Elle doit parler à cette France périphérique qui compose la majorité de notre pays, qui le fait vivre, qui endure des politiques publiques de plus en plus déconnectées des réalités. Cette France qui est restée silencieuse pendant longtemps, mais qui a décidé de ne plus se laisser faire. C’est la France qui avait dit non à Maastricht et à Lisbonne, et qu’on avait ignorée. C’est la France des gilets jaunes de la première heure, qui voulait pouvoir vivre de son travail. C’est la France qui en a marre de se heurter à la froideur de la bureaucratie administrative, ou au mépris des élites mondialistes, à chaque fois qu’elle cherche à faire part de son mal-être.

À cette France il faut lui proposer la liberté. La liberté d’expression, là où la gauche cherche sans cesse à criminaliser les discours pour rendre tel ou tel mot illégal, en les qualifiant d’homophobe, d’islamophobe, de grossophobe, de transphobe, etc.. La liberté économique également ; c’est-à-dire la liberté de pouvoir entreprendre, investir, épargner, sans crouler sous des taxes inutiles qui ne servent qu’à engraisser un Etat déjà obèse. 

Soyons francs, entre nous, cela fait longtemps que la droite ne fait plus envie.

Il faut lui proposer un véritable accès à l’éducation. Une éducation qui n’a pas peur d’être exigeante et ordonnée, mais aussi efficace et juste. Il faut qu’elle cultive la méritocratie ainsi que le goût de l’effort. Elle doit proposer des programmes ambitieux, et une méthodologie traditionnelle, loin des pédagogies faussement modernistes qu’on cherche à nous imposer.

La droite doit aussi proposer une identité, un attachement à notre histoire et nos valeurs, à notre héritage, sans distinction de couleur de peau, de sexe ou d’orientation sexuelle. Une identité vis-à-vis de laquelle les Français n’ont pas à s’excuser, et qui ne cherche pas à communautariser notre société, malgré les ambitions de certains de vouloir nous séparer sur la base de nos couleurs de peau. Malgré tous ses défauts (et Dieu sait qu’il en existe), la droite doit aimer la France, et surtout aimer les Français.

La question de l’écologie doit, par ailleurs, être au cœur de la droite de demain. La gauche veut abandonner le nucléaire, qui reste, à ce jour, la façon la plus efficace et la plus propre d’alimenter le pays en électricité. Et pourquoi ? Pour retourner à des centrales à charbon comme au 19ème siècle ? Non merci. 

À cette France il faut lui proposer la liberté.

Enfin, la question centrale de la droite doit être celle de la sécurité. Outre les attentats qui se sont multipliés au cours de la dernière décennie,  les chiffres de l’insécurité ont brisé tous les records. Il n’est pas normal que la sécurité de nos concitoyens soit menacée dans les désormais fameux territoires perdus de la République. La justice et les forces de l’ordre doivent travailler main dans la main afin de résoudre ce problème, et de permettre aux Français, et surtout aux Françaises, de pouvoir sortir la nuit en toute tranquillité.

Voilà pourquoi je pense que la droite sera l’enjeu de l’élection. Si elle arrive à proposer un projet de société ambitieux et attirant, loin des images de vieux républicains que certains entretiennent, alors la plupart des jeunes Français « apolitiques » et déçus par tous les gouvernements du 21ème siècle pourront très bien voter pour elle.

L’auteur

Maxime Feyssac