Le cannabis et l’impasse du conservatisme [2] : la légalisation

2e partie : la légalisation

Le texte suivant est la deuxième partie d’un article en deux volets portant sur la dépénalisation et la légalisation du cannabis en France, rédigés par Maxime Feyssac et Domitille Viel.

« Légaliser le cannabis ? Mais enfin, c’est une drogue dangereuse, on peut y être addict ! » En effet, et ça n’a rien à voir avec notre débat. La question n’est pas de savoir si vous êtes pour ou contre le cannabis. Refaites le monde, débattez-en passionnément, argumentez, incendiez vos adversaires, le résultat sera nul. Parmi tous ceux que j’ai écoutés parler de la légalisation du cannabis, beaucoup se trompaient de débat : ils se positionnaient pour ou contre le cannabis et non pas pour ou contre sa légalisation. Or les deux sont bien différents : on peut, comme moi, ne pas inciter à consommer mais militer pour la légalisation. Ça vous paraît paradoxal ? Rien ne vous paraîtra plus logique à la fin de votre lecture. Ainsi, il nous importera dans cette tribune de défendre la légalisation du cannabis dans notre pays, et non pas de défendre la consommation du cannabis.

Le cannabis cause aujourd’hui d’importants problèmes, nous sommes majoritairement d’accord sur ce point. Mais là où la doctrine conservatrice répond « répression », je réponds « légalisation ». Non pas que je veuille embaumer les rues d’une singulière odeur fleurie, mais la répression ne fonctionne pas. La politique conservatrice du cannabis est une impasse. C’est cette impasse qui m’appelle à prendre la parole. Prendre la parole pour dire « légalisons. » Pas « roulez jeunesse », mais « légalisons ». Et « légalisons » suppose avant tout « réglementons ».

Légaliser, c’est meilleur pour la santé ?

Paradoxalement, le premier argument que je traiterai ici est celui de la santé publique. Non pas que le cannabis soit la nouvelle potion magique de l’homéopathie, quoiqu’il puisse être thérapeutique, nous y reviendrons. La consommation de cannabis, pourtant, n’est pas un problème central de santé publique en France : il est impossible de mourir d’une overdose du cannabis, et on peine bien à trouver une seule mort dont il serait directement coupable. Pourtant, celui-ci complique le bon développement du cerveau, et sa consommation peut avoir des effets néfastes sur les poumons. Et ce qui cause le plus de soucis, c’est que les fumeurs ne savent pas ce qu’ils fument. La forme, puissance, et qualité du produit fumé varient largement d’un produit à l’autre. La teneur en THC dépend par exemple de la variété de marijuana utilisée, et peut être multipliée par 10 selon les modes de production, sur lesquels ni les consommateurs ni l’Etat français ne peuvent avoir de contrôle. On criminalise les producteurs, mais on leur offre un pouvoir sans bornes.

Sous ses apparences de politique de contrôle, son inefficacité permet au trafic de fleurir comme les champs de chanvre en automne.

Ceux que l’Etat doit le plus protéger en légalisant (et réglementant) le cannabis, ce sont nos jeunes. Combien de collégiens, curieux et excités de goûter à la fameuse substance, se sont vu acheter (souvent trop cher) un malheureux pochon marronnasse contenant un résidu poisseux et odorant, sans connaître sa véritable composition? La vérité leur aurait coupé l’excitation : le « bon shit » contenait-il de la semelle, du goudron, du cirage ? Les substances toxiques se déposeront au cœur de leurs poumons sans qu’ils n’en sachent rien, et sans qu’aucune autorité n’y fasse quoi que ce soit.

Ce laisser-faire, cet abandon, c’est le fait de l’actuelle politique de répression conservatrice. Sous ses apparences de politique de contrôle, son inefficacité permet au trafic de fleurir comme les champs de chanvre en automne. Mener une politique répressive aujourd’hui en France, c’est être plus lâche qu’efficace. C’est laisser les consommateurs et dealers faire exactement ce qu’ils veulent dans une ambiance générale de rien-à-foutre mêlée d’un léger sentiment de crainte face à une répression qui tombe arbitrairement comme un couperet, sans couper court aux réseaux de circulation du produit. Légaliser, au contraire, c’est appliquer une réglementation claire, cohérente et applicable au marché du cannabis, en soumettant ses producteurs à des règles afin d’informer et de protéger ses consommateurs. Voilà pourquoi légaliser permettrait le contrôle sur ce qui rentre sur le territoire français, puis dans les poumons des Français.

Avant d’aller accuser les rappeurs populaires de donner une bonne image de cette drogue, il serait peut-être temps de la nuancer en informant les jeunes sur ses effets, non ?

Informer et protéger les Français, cela implique aussi de mettre en place une réelle prévention. (lire à ce sujet la note passionnante de GL think tank) Les 80 élus républicains opposés à la légalisation exigent dans leur tribune : « Il faut expliquer aux jeunes les dégâts provoqués par les drogues en arrêtant de présenter le cannabis comme une expérience sympathique voire ludique. » Je suis d’accord avec eux. Cependant, la politique conservatrice est une impasse en matière de prévention. C’est pour cette raison que le pneumologue Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de la lutte anti-tabac, s’est déclaré favorable à une légalisation du cannabis. Un pneumologue, favorable à la légalisation d’un des pires ennemis de nos poumons ? Oui, parce que cette légalisation permettrait une meilleure réglementation et prévention, essentielles et pourtant négligées par la politique répressive actuelle. Si la prévention n’implique pas la légalisation, pourquoi n’a-t-elle pas déjà été largement mise en place ? Le tabou posé sur le cannabis pour ne surtout pas le banaliser n’a pas aidé à informer la jeunesse sur ses effets néfastes. Les conséquences de la drogue-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom ne sont quasiment pas expliquées au collège, ni au lycée. C’est pourtant à cette période que les consommateurs y sont le plus vulnérables, puisque, sans vouloir les offenser, leurs cerveaux ne sont pas parfaitement développés avant leurs 15 ans. C’est également à cette période que l’on est le plus influençable par les stars de la musique qui font du cannabis un accessoire cool, un moyen d’impressionner Clémentine de la 4è B avec son allure de rebelle en soirée. Avant d’aller accuser les rappeurs populaires de donner une bonne image de cette drogue, il serait peut-être temps de la nuancer en informant les jeunes sur ses effets, non ?

La conduite en état d’ivresse est encore plus dangereuse que la conduite sous stupéfiants.

Je parle des plus jeunes car je considère, et j’espère, que les adultes sont plus raisonnables. Cependant, comme le soulignent les 80 élus LR, « En 2017, 23% des personnes décédées sur les routes ont été tuées dans un accident impliquant un conducteur sous l’emprise de stupéfiants. ». Ce chiffre révèle bien l’inefficacité de la politique répressive soi-disant sécuritaire. Il est donc également nécessaire de faire davantage de prévention auprès des conducteurs, et de mieux les contrôler. Les sanctions prévues pour les conducteurs contrôlés positifs au cannabis sont pourtant lourdes : jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 4500€ d’amende, et je ne vous parle des peines dans le cas où la consommation a été facteur d’un accident mortel. Malgré cela, la politique répressive ne fait pas ses preuves. Pourquoi ? Premièrement, les policiers et gendarmes ne peuvent complètement tester les conducteurs que depuis le 13 décembre 2016. Avant, le contrôle nécessitait une étude par du personnel médical, une prise de sang ou une analyse d’urine. Il était donc plus long, plus compliqué, donc moins souvent effectué. Ce test reste peu effectué par rapport aux contrôles d’alcoolémie, mais il menace les conducteurs d’une sanction bien plus lourde : en plus de la peine de prison et de l’amende précédemment évoquées, le conducteur positif au cannabis perd son permis pour trois jours, le temps que le préfet de son département décide de s’il suspend son permis pour quelques mois ou pas. Pourtant, la conduite en état d’ivresse est encore plus dangereuse que la conduite sous stupéfiants : le risque d’être responsable d’un accident mortel est multiplié par 1.8 lorsqu’on conduit sous cannabis ; par 17.8 lorsqu’on conduit alcoolisé.

Vous voulez encore une incohérence ? Même si le conducteur n’est pas sous l’effet du cannabis, il perd son permis et risque les lourdes sanctions. Pour l’alcool, la sanction ne s’applique que si l’alcoolémie est supérieure à un certain taux, car une très faible quantité d’alcool n’a pas d’effet sur la conduite. Pour le cannabis, pas de mesure : lorsque le test est positif, on ne sait pas si le cannabis est présent en quantité suffisante pour altérer la conduite. Pourtant, cette information est essentielle : les effets du cannabis durent environ une à deux heures après l’avoir fumé, mais reste détectable quatre à six heures après. Encore un problème sur lequel on ne se penche pas, alors qu’un processus de légalisation nous obligerait à prendre des mesures réellement efficaces pour protéger les Français.

Oui, cette « merde » comme le dit si bien notre ministre de l’intérieur, pourrait être utilisée pour guérir des maladies ou en atténuer les symptômes.

En plus de mieux protéger les Français, légaliser le cannabis pourrait nous permettre de les soigner. Oui, cette « merde » comme le dit si bien notre ministre de l’intérieur, pourrait être utilisée pour guérir des maladies ou en atténuer les symptômes. Mais même lorsqu’il s’agit de soigner, la France a beaucoup de mal avec l’usage du cannabis. Bonne nouvelle, il y a du nouveau : depuis le décret du 7 octobre 2020, « L’usage médical du cannabis est autorisé, dans le strict cadre de l’expérimentation, pour certaines indications thérapeutiques ou situations cliniques réfractaires aux traitements indiqués et accessibles ». L’usage du cannabis thérapeutique est encore très réglementé : l’expérimentation doit durer deux ans et se limiter à 3000 patients maximum. Un seul médicament peut actuellement être prescrit aux malades :  le Marinol (dronabinol), qui peut être utilisé dans le traitement des douleurs chroniques et cancéreuses, ainsi que le traitement de la perte de l’appétit.

Pourtant, le cannabis a de nombreuses vertus : il préviendrait les crises d’épilepsies, stimulerait l’appétit, serait utile pour lutter contre les douleurs chroniques, les tremblements de la maladie de parkinson, les douleurs de la sclérose en plaques, la progression de la maladie d’Alzheimer, le glaucome, ainsi que la dépression. Le cannabis pourrait même aider à lutter contre le cancer : il réduirait les effets secondaires de la chimiothérapie et aurait des propriétés anticancer. Sa légalisation pourrait alors paraître évidente, mais nombreux sont ceux qui s’en méfient encore. Rassurez-vous, ceux qui pourraient l’être pour de bonnes raisons, à savoir les scientifiques, sont en grande partie favorable à son expérimentation. C’est d’ailleurs le comité créé par l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) qui a réclamé son expérimentation en France. Espérons que si l’expérience se révèle concluante, l’Etat saura admettre la réalité et s’appliquer à mettre en place des mesures qui y sont adaptées.

Légaliser, c’est mieux pour l’économie ?

Est-ce que vous avez idée de la fortune que représente la politique (inefficace) de répression ?

Prenez un trou béant dans les moyens de la sécurité intérieure. Ajoutez-y quelques belles cuillérées de policiers qui relèvent les infractions liées au cannabis ; vous savez, ceux qui manquent pour protéger les victimes d’agression, ou ceux qui manquent pour mieux lutter contre le terrorisme. Entre 2014 et 2015, 56% des infractions révélées par les forces de l’ordre étaient liées aux stupéfiants, dont 85% pour usage simple. Versez un grand bol de frais de détention : un prisonnier coûte environ 100€ par jour à l’Etat, et les infractions liées aux stupéfiants concernent près de 15% des détenus. Détenus qui, pour 60% d’entre eux, sont condamnés pour usage simple. (Observatoire international des prisons). Ce sont donc des fumeurs de beuh qui viennent aggraver la désastreuse surpopulation carcérale. Il ne faut pas vider les prisons, me répondrez-vous, il faut en construire d’autres ! Très bien, ajoutez donc à votre mixture environ 106 smic par place de prison que vous voulez construire. Rajoutez une poignée de procédures judiciaires et une grosse pincée de procédures pénales, pour bien encombrer les tribunaux et surcharger la justice. Mélangez bien, votre pâte gluante coûte 500 millions d’euros par an. Passez le tout au four, thermostat 8, pendant 50 bonnes années, et ressortissez-en un échec cuisant.

Mélangez bien, votre pâte gluante coûte 500 millions d’euros par an.

Pour cacher le cramé, recouvrez-le d’un glaçage au chocolat et de quelques amandes effilées pour arranger la misère. C’est ce que fait Gérald Darmanin. Ses amendes, elles, sont forfaitaires, et tout à fait inefficaces. Plusieurs personnalités, addictologues et associations ont élevé la voix contre cette mesure, comme Médecins du monde et la Ligue des droits de l’homme (LDH), qui ont déploré dans un Livre blanc l’« impasse » d’une mesure qui privilégie une réponse répressive plutôt que sanitaire. Elles dénoncent notamment un coût exorbitant pour les dépenses publiques, une dégradation de l’accès à la santé et à la prévention, des libertés bafouées, le non-respect des droits et la persistance des pratiques discriminatoires. 

Cette nouvelle mesure ne serait donc pas à la hauteur face à la quantité astronomique de Français qui consomment du cannabis : Selon une enquête de OFDT, on compterait dans la population âgée de 11 à 64 ans presque 17 millions de Français ayant expérimenté le cannabis. Parmi eux, 5 millions en consomment une fois dans l’année, et 700 000 tous les jours.

Ces chiffres font de la France le plus gros marché de cannabis en Europe. Qu’est-ce qu’on fait de ce marché ? On le laisse aux trafiquants ?

Ces chiffres font de la France le plus gros marché de cannabis en Europe. Qu’est-ce qu’on fait de ce marché ? On le laisse aux trafiquants ? C’est ce que l’Etat s’entête à faire depuis 1970. Sans vouloir déranger les trafiquants et criminels, je me permets de m’interroger sur la raison pour laquelle les entreprises légales, ou l’Etat, ne pourraient pas supplanter ce réseau dangereux, et ainsi faire tourner l’économie française qui en aurait bien besoin. J’ai entendu, déconcertée et déconcertée de ne pas en être surprise, qu’il était inacceptable de créer un marché du cannabis en France, parce que le cannabis, c’est pas bien. Premièrement, nous égarer dans des déblatérations sur le bien-fondé de l’existence de la plante sur terre et sa consommation par nombre de nos concitoyens ne mènera à rien. Deuxièmement, Il ne s’agit pas de mettre en place un marché du cannabis. Il s’agit de reprendre le contrôle sur celui qui existe déjà.  Je connais pourtant 80 députés Républicains qui ne sont pas du tout convaincus par ce plan. «Il faut vraiment être naïf pour croire que les réseaux criminels vont se laisser si facilement enlever les gains immenses du trafic de cannabis. », déclarent-ils. En effet, supplanter le trafic de drogue, enraciné depuis des années, en particulier dans ce qu’on appelle « les cités sensibles », est une tâche longue et difficile, mais elle en vaut le coup. Si le coût du cannabis légal est plus bas que celui des dealers, les usagers s’orienteront, par pure mécanique économique, vers le cannabis légal. Or, selon une étude de Terra Nova, un monopole légal en France rapporterait à l’Etat environ 1.8 milliards d’euros, soit environ le budget Français pour l’immigration, l’asile et l’intégration en 2020.

Mais Marlène Schiappa ne veut pas vendre de cannabis, parce que « la consommation de cannabis ça finance la traite d’êtres humains, ça finance les trafics de drogues plus dures et ça finance aussi partiellement le terrorisme ». Les choses illégales financent d’autres choses illégales, bravo. C’est pour cette raison que nombreux sont les consommateurs qui n’attendent que la légalisation, car engraisser le trafic illégal et potentiellement dangereux ne fait pas leur joie. La preuve : depuis qu’il est possible pour les Néerlandais d’acheter du cannabis légalement, près de 90% d’entre eux le font. Une seule solution pour couper les vivres aux réseaux de trafiquants, donc : ne plus obliger les consommateurs français à les financer. C’est bien pour cette raison que la plupart des dealers, apparemment plus lucides que certains politiques, sont contre la légalisation du cannabis. Perdre le marché français du cannabis ferait couler leur commerce et n’attirerait plus de nouvelles recrues dans leur Titanic. Pourtant, le Titanic fait aujourd’hui belle figure, et attire de nombreux jeunes qui ont plus intérêt à faire « de l’argent facile » que d’étudier. C’est en partie ce trafic qui provoque l’insécurité des quartiers, contre laquelle prétend lutter la nouvelle mesure d’amendes forfaitaires peu convaincante. Légaliser, au contraire, c’est avoir la lucidité de regarder la situation dans les yeux, et de prendre les mesures qui répondent à ce qu’est la réalité et non pas à ce qu’on voudrait qu’elle soit. Légaliser, c’est reprendre le contrôle sur ce vaste marché (à peine) sous-terrain qui étend ses griffes là où on les attend le moins et gangrène les cités.

Légaliser pour mieux lutter contre les drogues dures ?

Nos mêmes élus LR s’insurgent : « L’expression d’’usage récréatif’ est scandaleuse quand on parle de drogue, surtout quand on sait que pratiquement 100% des consommateurs d’héroïne ou de cocaïne ont commencé par le cannabis. » En effet, 96% de ceux qui consomment ces drogues ont déjà consommé du cannabis. Mais l’inverse n’est pas vrai pour autant. 100% des fumeurs de cannabis ne passent pas aux drogues dures.  La logique est biaisée : de la même manière, 100% des gagnants au loto y ont joué. Et pourtant, je ne vous promets pas les millions si vous y jouez demain. De la même manière, 97% de ceux qui ont consommé de la marijuana ont déjà consommé de l’alcool. Et pourtant, il vous est peu donné de voir vos grands-parents se rouler un joint après leur verre de vin.

Donc à ceux qui prétendent que « Le cannabis conduit à la coke !», félicitations, vous avancez un argument en faveur de la légalisation.

En fait, le cannabis est souvent une passerelle entre la consommation d’alcool et la consommation de drogues dures. C’est souvent la consommation d’alcool qui initie les consommateurs au cannabis, puis aux autres drogues. Mais si le cannabis ne crée pas le besoin de consommer des drogues dures, pourquoi 60% de ceux qui consomment du cannabis vont vers les drogues dures ? Parce que ce sont les drogues dures qui viennent à eux. Pourquoi ? Parce que les dealers auxquels ils achètent leur cannabis leur proposent d’autres drogues, ce qui n’arriverait pas s’ils achetaient leur cannabis dans des magasins réglementés.  Donc à ceux qui prétendent que « Le cannabis conduit à la coke !», félicitations, vous avancez un argument en faveur de la légalisation.

Marlène Schiappa me répondrait, comme sur le plateau de Bourdin direct, que les drogues dures avanceront leurs griffes menaçantes vers nos jeunes, car les dealers qui aujourd’hui vendent du cannabis vendront demain de l’héroïne. Dommage, c’est très peu probable. Petit cours d’économie : c’est la demande qui fait l’offre, rarement l’inverse. C’est parce qu’il y a une demande en cannabis que les dealers vendent du cannabis. Il y a beaucoup moins de demande de drogues dures, donc il y a beaucoup moins d’offre, de trafic, de dealers. Et non, les jeunes ne se tourneront probablement pas vers les drogues dures par goût de l’interdit. L’interdit attire lorsqu’il est déjà banalisé. Ce n’est pas le cas des drogues dures, qui évoquent largement plus l’image du junkie dans le caniveau que celle du mec badass. Si l’interdit attirait tant, la grande mode serait aux braquages et aux meurtres. Pas si courant dans la cour de récré, si ? S’il y avait une possibilité de créer un marché de drogues dures conséquent, croyez-moi, il existerait déjà.

L’auteur

Domitille Viel